Faut-il encourager Doctissimo ?

« L’information, quand elle est libre, a un superbe pouvoir, mais ce pouvoir doit être contrôlé, expliqué, et remis en question, par des personnes compétentes dont c’est la profession : les médecins. »

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Comme cela peut arriver de temps à autre, un de mes patients est arrivé ce matin en cabinet, assez sûr de lui : « Bonjour, je suis allé voir sur Internet, je pense avoir une hernie discale mais mon médecin ne veut pas me prescrire d’imagerie, est-ce que je pourrais avoir votre avis ? ». Un vrai piège, et ce pour deux raisons, et nous développerons la seconde. Tout d’abord, le patient me demande ni plus ni moins que de contredire un avis médical. Sans développer le thème aujourd’hui, c’est un écueil dans lequel certains de mes confrères aiment tomber, et qu’il faut pourtant éviter à tout prix. Ensuite, cela pose la question de la place des sites Internet médicaux, d’information libre, que sont les Doctissimo, Vulgaris et autres noms de domaine qui ne cessent de fleurir. Ces derniers ont une place de plus en plus importante dans notre quotidien, et il n’est pas rare d’entendre initiés et non-initiés du milieu médical les critiquer allègrement.

Le rapport patient-praticien est, comme je l’ai développé dans un précédent article, et dans la vidéo « Peut-on soigner une femme enceinte ? » totalement inégalitaire. Les raisons de ce déséquilibre ? Une asymétrie de connaissances, de position (l’un est allongé et l’autre debout pendant le soin), de pudeur (le patient est bien souvent déshabillé) et de douleur (il n’y en a la plupart du temps qu’un seul qui souffre physiquement). Afin de pallier à ces énormes inégalités, le docteur se doit de faire tout ce qui est en son possible pour niveler ces asymétries, et ainsi considérer le malade comme un égal et non comme un être dépourvu de connaissances, pas assez instruit pour comprendre son langage. Et ces sites d’informations médicales permettent de travailler sur l’asymétrie de connaissances.

En effet, il est aujourd’hui tout à fait possible pour quiconque le désirerait de trouver suffisamment de renseignements sur Internet pour mieux comprendre sa pathologie. Tout y est : les signes cliniques, radiologiques, biologiques, les techniques thérapeutiques les plus en vogue, les médicaments à consommer, etc… une véritable mine d’or pour qui veut bien s’y consacrer. Cela a pour effet un point fortement bénéfique pour le patient : il peut s’impliquer dans son soin, et disposer ainsi de tout le savoir nécessaire pour prendre en charge sa maladie de A à Z. Après une consultation médicale, c’est un plus non négligeable qui permet de favoriser la guérison. Le patient doit effectivement être acteur de son soin, et surtout jamais passif. Le docteur ne doit pas faire à sa place, mais à ses côtés, avec lui. Une sorte de prodigueur de conseils avisés somme toute.

Les limites de cet argument sont immédiates : la vulgarisation médicale suffit-elle pour qu’un patient comprenne en profondeur ce dont il souffre ? Absolument pas. Même vulgarisé, le vocabulaire utilisé par un docteur reste très spécifique. Prenons un exemple tout particulier avec le cas de la méningite. Doctissimo résume très bien les enjeux et les principaux signes de cette terrible pathologie, et tout ce que j’ai pu lire à ce sujet m’est apparu juste et clair. Ce qui n’aurait sûrement pas été le cas d’un patient non au fait de notre utilisation de certains mots courants. Je m’explique. Le principal signe de la méningite est un mal de tête brutal. C’est écrit tel quel sur le site, comme c’est écrit tel quel dans nos ouvrages de sémiologiques. Ça vous paraît clair comme donnée ? Détrompez-vous, pour certains, l’adjectif qualificatif « brutal » a une signification bien différente dans leur bouche que dans la mienne.

Le Larousse nous renseigne en effet que « brutal » signifie « avec violence ». Et dans le langage populaire, « brute » est connoté à fort, et puissant. Lorsque nos patients utilisent cet adjectif, c’est donc assez souvent pour nous parler d’une douleur à très forte intensité. Or médicalement, une douleur brutale comprend deux notions indissociables l’une de l’autre : l’intensité de la douleur, c’est vrai, mais surtout son caractère immédiat. Le malade se sent parfaitement bien, et soudainement, un éclair dans une plaine sans nuage. Une douleur qui atteint instantanément son intensité maximale, sans progresser. A 12h00 le patient se sent en pleine forme, une demi-seconde plus tard et sans crier gare, le pic arrive et est insupportable. Imaginez donc cette information lue par un patient qui souffre de maux de tête intenses, et ne comprend pas comme il se doit le terme « brutal ». La première chose qu’il lira sur Internet est : maux de tête brutaux = suspicion de méningite. Autant dire une sacrée psychose susceptible de lui gâcher un bon moment de sa vie, jusqu’à ce qu’il finisse par consulter un docteur en chair et en os.

Et c’est bien le principal problème avec ces sites. L’information, quand elle est libre, a un superbe pouvoir, mais ce pouvoir doit être contrôlé, expliqué, et remis en question, par des personnes compétentes dont c’est la profession : les médecins. Toute information, quelle qu’elle soit, peut être dangereuse, si elle n’est pas remise dans un contexte. L’information brute pour de l’information brute, c’est un véritable danger qui peut pousser à l’automédication, la peur inutile, ou pire, rassurer un patient qui pourtant devrait s’inquiéter de son état et consulter rapidement.

L’autre source d’inquiétude concerne les utilisateurs de ce site, convaincus de bien faire lorsqu’ils prodiguent aux internautes de multiples conseils aux fondements scientifiques parfois infondés. Il faut s’en méfier comme de la peste. Chacun a sa propre expérience avec maladie, et celle-ci diffère toujours d’un individu à un autre. Ce qui marche avec moi ne marche pas nécessairement avec vous. Certains médicaments que vous prenez ne se mélangent peut être pas avec ceux qu’un autre prend déjà. En voulant bien faire, certains donnent parfois de terribles conseils : « Tu as mal à la tête ? Bois de l’eau » est par exemple le pire conseil à donner quand on ne connaît pas ce qui a causé les maux de tête. En cas de traumatisme crânien, boire est à proscrire à tout prix au risque de sérieuses complications. « Tu devrais prendre tel ou tel médicament » peut également passer de simple conseil à catastrophe pour celui qui le suivrait.

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Alors comment réagir face à un patient qui se présente en cabinet, avec un diagnostic tout fait ? La première des choses, ça me paraît une évidence, est de ne pas laisser parler son égo. Il n’y a pas de mal dans la démarche du patient. Celui-ci ne vient pas prétendre avoir notre champ de connaissances et connaître notre métier aussi bien que nous. Cela peut paraître maladroit mais ce n’est jamais mal intentionné. Pour pouvoir guérir, il faut une implication totale du malade dans sa maladie, et pour cela il faut qu’il la comprenne, qu’elle lui paraisse claire, afin qu’il ne la craigne pas et l’affronte avec courage. Le fait qu’il aille chercher de l’information dans un ouvrage ou sur Internet est une chose formidable qui prouve qu’il souhaite réaliser la démarche de vraiment se soigner. Ça peut vous paraître normal et naturel, mais vous n’avez pas idée du nombre de patients consultant chez un praticien, pour finir par ne pas suivre leur ordonnance, ni les conseils du médecin. C’est rageant.

Il est de notre devoir, bien entendu, de corriger l’à peu près sur lequel il est éventuellement tombé, et de le réorienter dans la bonne direction quand on s’aperçoit qu’il n’emprunte pas le bon chemin. Mais sa démarche doit être naturellement encouragée, et si nous pouvons même l’aider à développer sa curiosité en l’orientant vers des ouvrages sérieux, ça ne lui en serait que bénéfique. Mais surtout ne pas le blâmer de s’être dirigé vers ces sites Internet. Après tout s’il s’est rendu dessus, c’est qu’il s’est retrouvé soit en manque d’informations (parfois nous ne communiquons pas assez, ou pensons être clairs quand nous ne le sommes pas), soit en situation de détresse ou de peur, et qu’il a ressenti le besoin d’obtenir une réponse immédiate.

Quoi qu’il en soit la curiosité de quelqu’un pour son corps ou sa maladie est un jardin à cultiver. C’est elle sera à l’origine de guérisons rapides et sans rechute. Je pense qu’il est temps de cesser la cabale populaire contre Doctissimo ou autres, et prendre plutôt le temps dans nos cabinets de mieux communiquer à nos malades, afin de s’assurer qu’ils aient en main toutes les clés nécessaires pour comprendre ce dont ils souffrent. A ce titre-là, je sais que j’ai parfois quelques efforts supplémentaires à fournir, et je ne manquerai pas de continuer à travailler là-dessus.

19/4/16 – De la peur de soigner

« Et ça, c’est précisément ce que l’on oublie d’enseigner. Que nous aussi, enseignants, nous avons eu peur, et avons peur encore aujourd’hui. »

Hier soir, comme cela arrive assez fréquemment, une de mes étudiantes a refusé de soigner un patient dans notre clinique, alors qu’elle était sur ses heures de travail. Elle a donc préféré passer une demi-journée enfermée dans sa salle de repos inconfortable, plutôt que saisir l’opportunité de prendre de l’expérience à nos côtés. C’est une situation je pense assez courante dans les écoles d’ostéopathie, et peut être médicales en général. Un peu agacé, je suis allé en demander la raison. Sans surprise, cette dernière n’a aucunement pris la responsabilité de ses actes et m’a déclaré : « C’est de votre faute à tous, vous êtes durs avec nous, et on vient parfois avec la boule au ventre. » Aaaahhhhhh le mot est dit. « Peur ». Il est des choses qui n’appartiennent pas au cursus d’ostéopathie mais qu’on devrait enseigner rapidement à nos élèves…

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Première chose, je suis forcé d’admettre pour lui répondre, qu’il existe des jours où certains membres de l’équipe, moi en tête, arrivent au travail d’humeur variable, et qu’il nous suffit de peu de la part d’un étudiant pour qu’il nous agace rapidement. C’est entièrement notre faute, nous devons tous travailler là-dessus afin que l’on soit vu comme des figures fraternelles, et non comme des parents autoritaires. Il arrive également que notre notation (nous évaluons la qualité des consultations de nos étudiants) paraisse basse ou injuste, ce qui n’encourage pas toujours à se dépasser. Je le conçois entièrement et je suis certain que nous aussi, finirons par nous améliorer avec le temps.

Cela étant dit, je vous le dis avec une intime conviction, la peur de soigner ne vient pas du corps enseignant. La pression ne vient pas de la note, de notre attitude, de nos remarques, de nos critiques, elle vient de l’étudiant, et de l’étudiant seul. Je vais vous prendre deux cas particuliers pour que vous compreniez bien mes propos.

Le premier cas est celui d’un étudiant peu studieux, adepte de l’effort minimal. Ses connaissances sont limitées. Celui-là est terrorisé par une consultation, et-ce pour une bonne raison, il sait inconsciemment qu’il n’est pas prêt. Qu’il ne pourra pas affronter le motif de consultation de son malade. Qu’il ne pourra pas répondre à nos questions. Alors celui-là s’enferme, évite de consulter par peur de découvrir lui-même qu’il n’est pas assez studieux, et par peur de devoir remettre une grande partie de sa vocation en question. Avec celui-là, je pense qu’il faut être assez ferme. Montrer les lacunes, ou mieux, lui faire réaliser et dire qu’il en a. Car l’ostéopathie ne souffre pas d’à peu près. Il faut être bon, minutieux, prudent, alerte, afin de maîtriser nos gestes, ainsi que les différents diagnostics pièges qui parfois affaiblissent sérieusement nos patients. Cela demande une quantité de travail colossale. L’étudiant qui refuse cette charge de travail, qui joue avec le système administratif en se contentant du minimum pour soigner, celui-là ne réalise pas qu’il n’est et sera jamais au niveau. Sa peur avant de consulter ? Que ses manques finissent par lui sauter au visage. Alors il esquive ses responsabilités. C’est pourtant en forgeant que l’on devient forgeron. Dans ces cas-là je ne leur laisse pas le choix de se désister, il faut aller travailler. On m’en veut, car « vous comprenez vous me faites travailler alors que je suis fatigué / malade / souffrant / un cheval » etc… oui je sais je suis un vrai salaud.

Le second cas est l’opposé total. Il s’agit de l’étudiant sérieux, parfois même très bon, qui refuse un jour un patient pour une raison difficile à cerner. Ce qui lui fait peur ? Il n’en sait trop rien. La partie qui suit est susceptible d’intéresser bon nombre d’étudiants, car je pense savoir précisément ce qui leur fait peur à eux. On arrive préparés comme il le faut à une consultation. Le patient se présente, la relation de confiance se met naturellement en place. La consultation semble bien se dérouler, et puis… et puis les résultats sont décevants. La mobilité ne revient pas, la douleur ne diminue pas. Cette situation est si courante. Ce que l’on vit comme un échec bien entendu, comme si nous étions magiciens. La peur de l’étudiant est alors toute autre : celle de ne pas être à la hauteur malgré les efforts. De ne pas comprendre son patient. Cette peur-là, nous devons à tout prix la raisonner aussi longtemps qu’il le faut avec l’étudiant. Car moi aussi, j’ai peur…

Eh oui, soigner un patient, c’est toujours expérimenter. Ses maux de tête ne seront jamais les mêmes maux de tête que ceux d’un autre. Un patient est un inconnu qu’on tente d’apprivoiser mais qui peut s’avérer sauvage. Accueillir un patient, c’est faire la rencontre d’un inconnu. Un moment où finalement tout peut arriver, et que l’on ne maîtrise absolument pas. Cela crée une situation de peur, c’est bien normal. Et il n’y a que par le travail que l’on finit par la maîtriser.

Certains sont parfois mécontents de leurs soins. Cela nous ennuie. Profondément. Intimement. Nous en sommes les plus malheureux et c’est nous qui dormons mal. Parfois, sans en comprendre la raison, il arrive que nous ne sentions pas un patient. Que celui-ci nous inquiète par l’exigence qu’il semble dégager, son autorité, etc… Nous finissons par nous mettre une pression du résultat difficile à gérer. Par nous contraindre à nous focaliser sur la douleur, quand ce qui l’a causée peut se retrouver à l’opposé du corps. Cela nous entraîne dans un cercle vicieux, jamais bénéfique au patient. Une grande source de peur supplémentaire.

Il faudra ajouter à cela, par la suite, la peur d’avoir manqué un diagnostic chez un patient, la peur de ne pas avoir assez de patients dans notre agenda, la peur d’en avoir trop et de ne plus pouvoir les gérer, la peur de nos cotisations sociales, la peur de ne plus pouvoir gérer notre vie personnelle, etc… Nous faisons un métier de soin, probablement le métier le plus incertain qui soit. Le moins sécurisant. Nous travaillons avec des vies humaines, des maladies, des douleurs, et nous devons les gérer avec assurance et maîtrise. Eh bien non, comme tout le monde nous avons nos peurs et nos démons, mais nous finissons par les apprivoiser et marcher avec eux main dans la main sur notre chemin. Et ça, c’est précisément ce que l’on oublie d’enseigner. Que nous aussi, enseignants, nous avons eu peur, et avons peur encore aujourd’hui.  Qu’il nous est arrivé à nous aussi d’en accuser aveuglement nos enseignants. D’avoir hésité à changer de voie. D’école. De ville. De vie. Qu’aujourd’hui encore c’est parfois dur, mais que la beauté d’une profession de santé suffit à elle seule à contrebalancer nos angoisses. A nous permettre de renouer un lien profond avec notre humanité, et de rentrer chaque soir convaincus d’être à notre bonne place. Et que ce sont nos peurs qui nous poussent à être toujours plus alertes, plus sécurisants, et plus efficaces. Qui a dit que la peur ne pouvait pas être un moteur. C’en est un, si puissant quand elle est maîtrisée.

Alors c’est bien entendu, nous ferons des efforts pour parler avec plus de pédagogie à nos étudiants. Nous tenterons de venir travailler en laissant nos soucis derrière nous et toujours de bonne humeur (oui car les profs sont des super héros c’est connu) et nous ferons des efforts sur la notation. A condition bien sûr que nos plus jeunes réalisent que nous ne sommes pas les bourreaux de leurs illusions, et les responsables de leur peur. Nous avons peur de soigner, car nous avons peur de ne pas soigner. Et il est de notre devoir de nous demander, à chaque instant de notre carrière, pourquoi nous ne sommes pas toujours à la hauteur. Et la réponse ne peut venir que l’intérieur.

 

16/4/16 – Faut-il expliquer ce que l’on fait ?

« On se revoit dans une semaine ça vous convient ? »
« Non je préfère rappeler… »
Sous-entendu, « je ne rappellerai pas. » Je ne l’en blâme pas.

Un de mes étudiants hier, V., est parvenu à l’exploit de faire trembler littéralement son patient de peur. La situation est, sortie de son contexte, d’une vraie drôlerie. Il y a de quoi rire en effet, surtout de notre côté, nous les praticiens. Mais du côté du patient, il y a de fortes chances pour qu’il n’y trouve toujours rien de drôle aujourd’hui, même rétrospectivement. Le problème, c’est que V., sûr de lui comme certains le sont dans sa promotion, a omis un détail important : un malade n’a pas la moindre idée de ce que son docteur est censé lui faire ou non. D’où l’importance, absolument fondamentale, de prendre toujours le temps de lui expliquer étape par étape. Sinon, arrivera ce qui est arrivé… Résumé…

FEAR

V.passe un examen blanc en ma compagnie et celle d’un collègue. Situation stressante on le sait, un étudiant perd souvent au moins 30% de ses moyens dans ces situations là. On le rassure au début, tout se passera bien. Il sera question pour lui de prendre en charge un patient de A à Z sous le regard bienveillant de deux de ses enseignants, dont moi. Le patient en question entre. Jeune, très musclé, en pleine santé, rien qu’une gêne aux cervicales. V. met le doigt sur une information intéressante, le patient grince des dents la nuit. Il fait le rapprochement. Dans sa tête seulement.

Une fois le bilan du sujet terminé, V. commence le traitement. Quelques étirements cervicaux, des manipulations douces autour de la zone douloureuse, des rotations de l’épaule dans tous les plans de l’espace, tout se passe bien. J’aime sa prestation. Il mériterait de communiquer un peu plus avec son patient, mais rien d’incorrigible avec le temps. Quand soudain, V. décide sans prévenir ni expliquer qui que ce soit, d’aller enfiler un gant en latex, et de revenir vers son patient en lui disant :

« Ça ne va pas être très agréable… »

Je suis ostéopathe et je sais donc exactement ce qui va se passer. Mais sans vouloir parler en votre nom, il me semble que si votre docteur se pointait vers vous, gants sur les mains, en vous annonçant un « mauvais moment à passer », il y a fort à parier que tous vos muscles sphinctériens se raidiraient subitement. Pas de panique, V. va simplement lui manipuler la mâchoire. Ah mais oui c’est vrai, il ne l’a pas prévenu. C’est terminé, le patient tremble de peur, la relation de confiance instaurée avec lui tombe à l’eau jusqu’à la fin de la séance.

« On se revoit dans une semaine ça vous convient ? »

« Non je préfère rappeler… »

Sous-entendu, « je ne rappellerai pas. » Je ne l’en blâme pas.

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Allez ! C’est l’heure !!

A travers ce cas un peu cocasse se pose finalement une question tellement importante. Est-il nécessaire d’expliquer ce que l’on fait à un patient ? Je tue le suspense et apporte immédiatement la réponse à la question : à moins que l’on sente que celui-ci n’est pas du tout intéressé par son corps (mais chez un ostéopathe c’est assez rare), la réponse est oui. Mille fois oui. Et ce pour de nombreuses raisons.

La première, expliquer au patient lui permet de mieux comprendre la raison pour laquelle il s’est fait mal, les liens entre les différentes parties de son corps, l’enchaînement de nos techniques (il nous arrive de manipuler des zones bien loin de la douleur), etc… On le responsabilise, lui redonne les clés de sa guérison entre les mains. Nous sommes dans une époque où nous avons besoin de contrôler notre santé, et-ce grâce aux nombreux outils libres d’accès qui fleurissent sur Internet. Expliquer, c’est donner les clés, rendre autonome. Permettre de faire comprendre que la douleur est toujours une conséquence de quelque chose qu’il est nécessaire d’identifier. La douleur n’est ni une fin en soi, ni une cause de quoi que ce soit. C’est l’effet secondaire d’une posture inadaptée, d’un traumatisme ancien non soigné, d’une maladie mal traitée, etc…

La deuxième permet d’éviter la situation décrite au-dessus. Expliquer retire de la peur. Le patient ne sait pas ce que nous allons faire. Imaginez un dentiste ne vous disant rien d’autre que « ouvrez la bouche » puis attaquant votre dent avec un appareil bruyant. Vous seriez dans la peur, et probablement ne retournerez pas consulter avant un moment. Expliquer rassure. Rationnalise. Il ne faut pas oublier que l’expérience vécue du malade peut l’amener à dramatiser quelque chose de banal. Annoncez à un sujet qu’il pourrait avoir de l’ostéoporose (l’évolution naturelle de l’os), il pourrait le vivre comme une nouvelle catastrophique. Car dans son vécu, peut-être a-t-il le cousin du frère d’un oncle qui un jour s’est retrouvé paralysé. Et qui avait de l’ostéoporose. Aucun lien de cause à effet bien entendu, mais le patient peut tout à fait lier les deux phénomènes et redouter à son tour de graves complications. Lorsque l’on soigne, on soigne tout, le corps, l’âme et l’esprit. Et un patient qui a peur ne peut pas être un patient disponible pour guérir pleinement.

La troisième, et on revient encore une fois dessus, permet de niveler l’inégalité colossale existant entre le docteur et le malade. L’un sait, l’autre non. Cela créé un déséquilibre tel, une situation de pouvoir tellement en faveur du docteur, que le patient peut se sentir inférieur, rabaissé. Il faut expliquer, sans condescendance, avec des mots simples, ce qui arrive au malade et les techniques qu’on applique sur lui. Lui donner ce dont il a besoin pour comprendre, et pouvoir communiquer dessus. Voire se renseigner par la suite. Sans ça, il restera dans l’ombre de ses docteurs toute sa vie, affirmant que la santé « c’est compliqué », et ne s’impliquera jamais assez lors de ses thérapies. La connaissance est une clé fondamentale dont on ne doit priver personne.

Enfin j’évoque une quatrième raison parmi d’autres, expliquer permet de ne pas surprendre. La douceur est fondamentale chez un praticien de santé, quel qu’il soit. Lorsque j’ai besoin d’utiliser une technique qui va produire un petit craquement articulaire, je préviens toujours mon patient. Parce que même si je parviens à le manipuler avec dextérité et douceur, si celui-ci se sent surpris, il aura la sensation d’avoir été pris en charge avec incompétence et brutalité. Imaginez, je vous masse tranquillement le cou avec des huiles essentielles, quand PAF !! Je manipule et fais craquer vos cervicales, sans sommation. Le contraste est trop important, je vous aurai fait peur, et vous aurez probablement mal vécu la technique. Et donc la séance. Expliquons. Toujours. Tout. Rendons compréhensible, abordable et sécurisant nos manipulations et notre façon de faire. J’espère que mon point de vue vous paraît suffisamment argumenté. Je vous laisserai donc avec la citation d’un anonyme :

« Si t’as un gant,

Explique aux gens »

A bon entendeur.

13/4/16 – L’amputation d’Yvette

« Une douleur fantôme qu’ils appellent. Mais j’m’en plains pas. Pour moi une douleur fantôme, c’est perdre sa fille de 40 ans d’un suicide. »

Ce soir, j’aimerais vous relater l’extrait d’une conversation que j’ai eue ce matin avec une de mes patientes régulières, Yvette. Je vais essayer de la retranscrire la plus fidèlement possible, en essayant de reprendre ses propres tournures de phrases. Il y a des jours où l’on rentre comblés de sentiments humains, d’empathie, et d’humilité. Yvette était déjà sur la table, en train de se faire manipuler, au moment où elle commença à me parler sincèrement.

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« Déjà je suis née une année maudite. 1929. L’année des suicides, vous savez ? L’année du Krach. Le suicide nous a vraiment suivis dans notre famille. C’est une maladie inévitable, vous avez beau aimer vos gens aussi forts que possibles, s’ils décident de passer à l’acte, vous voulez faire quoi… à part les accompagner et leur faire comprendre que vous ne leur en voulez pas… ça aide pas au passage des âmes, vous savez… Ma première fille… je l’aimais tellement si vous l’aviez vue… Je crois qu’elle restera à jamais ma préférée de trois. On dit qu’on aime tous ses enfants pareils mais pas moi. Ma petite Lucie, je sais pas ce qu’elle avait en tête, elle m’avait jamais parlé des choses graves… mais bon, c’était son choix. Vous voyez Stéphane, quand vous me demandez si je vis mal mon amputation, bah je repense à ma Lucie, et je me dis qu’une jambe ça vaut pas grand-chose. Et puis le bon Dieu là-haut m’en a donné deux, Il a l’air de vouloir m’en laisser qu’une, je vivrai avec… »

« Et comment vont vos deux filles ? »

« Bah vous avez l’ainée qu’est perdue à jamais. La pauvre. Schizophrénie on nous a dit. Alors on va souvent la voir. Enfin moi je vais la voir mais mon mari il peut pas. Vous comprenez c’est trop dur pour lui. Voir sa fille dans cet état ça le tue. Et de toute façon ma fille elle s’en fiche un peu, déjà qu’elle réalise pas quand je suis là. Mais une petite fille ça a toujours besoin de son papa, même quand elle est devenue folle. Elle pourrait reconnaître son parfum, vous croyez pas ? Enfin… quand je pense à elle, je me dis que ma jambe vaut pas bien cher à côté… »

« Et votre troisième fille ? »

« Ah elle c’est une merveille. Elle est partie faire sa retraite dans les Landes, et son fils va pas tarder à la rejoindre. C’est important d’être en famille. Moi ça va, j’ai mon mari, il me crie dessus, mais au moins il est là. Il s’occupe des choses du jardin. Vous savez Stéphane on s’aime encore je crois. Malgré ma guibolle en moins je pense pas qu’il m’aime moins. Moi je l’aimerais pas moins. Il a pris des kilos et je l’aime toujours autant, alors ma jambe, il devrait s’y faire… »

« S’y faire ? C’est plutôt vous qui allez devoir apprendre à faire avec, non ? »

« Oh bah moi ça va hein, tant que je peux encore me déplacer en fauteuil. Mais mon mari lui ça le met en rogne. Il dit que j’aurais dû dire avant que j’avais de la fièvre. Mais je voulais pas déranger. On venait de m’opérer alors je pensais que c’était normal. Je comprends quand il est en colère, on peut plus aller marcher en forêt. J’aimais bien marcher en forêt, et Lucie aussi, avant qu’elle se suicide. On s’en remettra jamais de ça… »

« Vous avez vu un thérapeute pour en parler ? »

« Moi oui mais mon mari, jamais il mettra les pieds là-dedans ah ah, il dit que c’est pour les malades comme ma fille. Toute façon c’est une tête de bourrique, il prendra jamais soin de lui. Tenez rien qu’en ce moment il souffre de l’épaule, eh bah jamais il viendra vous voir. Mais bon du coup il boit. Heureusement il a jamais été violent mais parfois je me dis qu’il a de la chance de pas déjà avoir été rappelé là-haut vue la vie qu’il mène. Il dit qu’avec la marche il peut fumer et boire autant qu’il veut mais je lui dis que l’alcool c’est mauvais pour le cœur. Mais bon moi j’suis sa femme alors il m’écoute pas vraiment. »

Elle se gratte au niveau de son moignon.

« Ca vous fait mal ? »

« Une douleur fantôme qu’ils appellent. Mais j’m’en plains pas. Pour moi une douleur fantôme, c’est perdre sa fille de 40 ans d’un suicide. Ca c’est un fantôme qui vous hante et vous fait mal. La jambe quand ça fait mal, je la mets dans la glace et puis ça diminue. Mais le vague à l’âme, ça, faut vivre avec toujours. Et y’a pas une glace au Monde qui le soulagera. Vous savez ça devient comme un ami de route, on lui prend la main, on le ballade, parfois on l’oublie, mais il est toujours là. La seule chose qui me rassure dans la mort, c’est d’aller la retrouver un jour. J’aimerais qu’elle sache que ses enfants vont bien. »

« Ses enfants vont bien ? »

« Bah y’en a un qu’a pas survécu à sa mort alors il est allé la rejoindre. Mais les trois autres, c’est toutes des filles, elles ont fait leur vie. Y’en a même une qui bosse à Danone. Elle, elle a 4 enfants aussi, comme sa mère, ils sont beaux comme des anges. Si ça se trouve je vivrai assez longtemps pour avoir des arrière-arrière-petits-enfants. Vous avez des enfants vous ? »

« Non pas encore. »

« Eh bah faites-en. La vie prend son sens quand on a des enfants. On trouve sa place, et on ressent de vraies émotions. »

« De vraies émotions ? »

« Oui, pas comme quand on pleure une de ses jambes. Une jambe c’est rien. Une vraie émotion. On tremble comme jamais vous savez. Je tremble encore parfois. »

« Vous me parlez très souvent de votre jambe Yvette, vous êtes sûre que vous parvenez à vous faire à l’idée ? Vous voulez en parler plus longuement ? »

« Non. Vous verrez quand vous aurez des enfants à aimer, vous vous préoccuperez plus de vos jambes. Je veux juste… »

« Vous voulez juste ? »

« Je veux juste être sûre d’être la prochaine à partir. Parfois je pense à me foutre en l’air vous savez. »

« … »

« A presque 90 ans, j’ai plus grand-chose de beau à ressentir. Si. Parfois mon mari me brosse les cheveux. J’ai l’impression d’avoir 20 ans à nouveau, et je me sens belle. C’est important les cheveux. Vous devriez faire quelque chose pour les vôtres. A moins que ce soit génétique je veux pas être blessante hein. Et prenez soin des cheveux de votre femme. Parfois on oublie qu’on est jolie. Les cheveux, ça nous permet de nous rappeler. Vous avez une femme ? »

« Pas encore non. »

« Eh bah prenez-en une avec deux jambes. Comme ça si elle en perd une, vous pourrez pousser son fauteuil et lui caresser les cheveux. Ca aide à oublier la douleur des fantômes. »

« La douleur fantôme vous voulez dire ? »

« Oui… celle-là aussi… »

11/4/16 – De la subjectivité de la douleur chez le patient

« Il ne faut pas craindre l’erreur et se laisser dominer par la peur d’en commettre, mais il est important d’avoir la modestie et le recul nécessaire pour s’en servir comme d’un apprentissage »

 

Ce soir, je travaille dans une salle de sport de la région parisienne (à Vanves, pour être précis), au sein de laquelle il m’est arrivé une sacrée mésaventure il y a quelques années. J’étais encore étudiant, et pour parfaire ma formation Jedi, j’avais pris la décision d’aller travailler bénévolement, en tant qu’ostéopathe, dans un dojo, avec l’accord du maître Jedi que nous appellerons dans cet article Yoda. Celui-ci était ravi de l’arrivée d’un padawan ostéopathe chez lui, m’a ouvert grand sa porte, et m’a permis de progresser à bond de géant, mais également… de commettre de sacrées bourdes. Oui, ce soir, on va parler de ma première bêtise.

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C’était un lundi soir, à la fin d’un cours de Boxe Thaïlandaise. Ceux qui en ressentent le besoin attendent en ligne devant ma table, je m’efforce de faire des consultations particulièrement brèves, pour entraîner ma maîtrise diagnostique. Des séances finalement peu efficaces sur le long terme, mais qui ont le mérite de soulager sur le moment ; en 3ème année, je n’étais pas capable de faire bien mieux. C’est en sabre-lasant qu’on sabre-laser, non ? Se présente à moi Laurent, presque 30 ans, grand, costaud, pour une douleur au poignet. Je l’examine, il me dit être tombé dessus quelques minutes auparavant, je suspecte naturellement une fracture. Je fais mon examen, mais Laurent ne réagit pas positivement aux tests de douleur. « Oui, tu me fais un peu mal en appuyant. » Des fractures, j’en ai déjà vu auparavant, les patients bondissent, on appelle ça une douleur exquise (nous reviendrons là-dessus dans une vidéo mercredi).

Pas de fracture ? Je peux manipuler. Je me mets en position, Laurent grimace légèrement, et je manipule. Crack, CRACK ! Tiens, deux cracks, ce n’est pas usuel. Le premier bruit m’est familier, un « crack » sourd et léger, le second m’est inconnu. Il résonne. Sonne creux. Je jette un œil au visage de Laurent et perçoit une petite larme qui semble vouloir s’échapper de son œil droit. « Là ça fait un peu plus mal par contre… » On passe à la radio. Fractures du lunatum, un tout petit os du poignet. Non non, il n’y a pas de faute de frappe, « fractures », au pluriel. Mon avis ? Laurent s’est cassé le poignet pendant sa chute, puis une seconde fois pendant ma manipulation. Champion !

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Trois choses à ce sujet. La première, ni lui ni maître Yoda ne m’en ont voulu. J’ai assumé mon erreur, rédigé un courrier pour les urgences, bref, la prise en charge d’un patient doit aller au-delà du simple temps pris pendant la consultation. La deuxième et non des moindres, l’erreur fait partie intégrante de toutes les professions. En particulier de celles qui touchent directement à l’Humain. Il ne faut pas la craindre et se laisser dominer par la peur d’en commettre, mais il est important d’avoir la modestie et le recul nécessaire pour s’en servir comme d’un apprentissage. Faire une bêtise, cela arrive à tout le monde, mais la répéter sans avoir retenu de leçons, ça relève de la bêtise. C’est ce que je tente d’expliquer à mes étudiants, qui réalisent rarement la portée de certains de leurs oublis. J’espère sincèrement qu’il ne leur arrivera rien de désastreux en cabinet… La troisième et dernière chose est celle sur laquelle je voulais revenir longuement dans mon article. Vous voyez probablement où je veux en venir, il s’agit de la raison qui m’a perdu et m’a poussé à commettre ce geste risqué…

Eh oui, je me suis laissé abuser par la notion de douleur de mon patient. « J’ai mal » ne revêt absolument pas la même signification, selon la personne qui prononce cette phrase. Alors que certains la proconcent au quotidien, d’autres ne l’utilisent que lorsqu’ils côtoient la mort. Je n’exagère rien. Combien de coups de téléphone recevons-nous, chaque semaine, de patients se plaignant d’être « complètement bloqués » ? Des tas. Dans certains cas en effet, on les retrouve pliés en deux et incapables de mettre un pied devant l’autre. Mais parfois, « complètement bloqué » peut signifier dans notre langage « légèrement coincé » : « regardez, quand je tourne ma tête, elle ne va pas à fond sur la gauche ». On est bien loin du blocage total annoncé.

Concernant la douleur c’est exactement la même chose. Chez certaines personnes, en l’occurrence les sportifs, et tout particulièrement Laurent, « tu me fais un peu mal » est une phrase d’alerte. Ne se plaignant presque jamais, exprimer le fait qu’il ressente quelque chose d’inconfortable est pour lui un message suffisamment fort. A ce moment-là, pas pour moi. Et il n’y a aucun jugement de valeur à porter, que nos malades soient douillets ou résistants à la douleur. L’un n’est pas une qualité, l’autre n’est pas un défaut, chacun exprime de sa propre façon ses ressentis corporels.

Alors, comment savoir ? Comment ne pas se faire piéger ? Il y a plusieurs indices qui mettent sur la route, que j’aurais bien aimé connaître ou qu’on m’apprenne en tant qu’étudiant. Le premier relève bien sûr de l’intuition, chose presque impossible au téléphone. Un patient se dit bloqué, je ne suis pas là pour vérifier. Le contact avec le patient sera primordial et on repère assez aisément ceux qui ont tendance, sinon à exagérer, à user de superlatifs un peu rapidement quand ils décrivent ce qu’ils pourraient appeler des gênes, mais nomment des « douleurs à couper la respiration » comme je l’entends parfois. La routine de questions aide : « avez-vous souvent mal ? », « cela vous empêche-t-il de travailler ? », « parvenez-vous à vous habiller seul ? », etc… Culturellement la douleur n’est pas verbalisée (ni verbalisable) de la même façon, selon les différents endroits du Monde, et parfois même au sein d’une même famille.

La seconde astuce est de pousser le patient à la mesurer comparativement à ce qu’il a pu vivre au cours de sa vie. « Par rapport à vos calculs biliaires, vous diriez que vous avez plus ou moins mal ? », ou encore « ça ressemble à la même douleur que lors de votre fracture du bras ? ». Je m’en sers assez souvent. Parfois, ces deux manières de faire permettent de bien déblayer le terrain et de se faire une idée plus précise de la façon dont la douleur est perçue. Vous me direz, à raison, que certains pourraient continuer dans leur exagération. C’est vrai, mais en cas de doute, nous faisons tout aussi bien de renvoyer pour examens complémentaires. Cette ruse m’a déjà sorti de certains doutes. Je vous refais une conversation d’il y a quelques années…

On est samedi matin, il est 6h45, et un patient m’appelle :

« Bonjour docteur (ils m’appellent souvent docteur) je suis terrassé de douleurs, vous pourriez être au cabinet à 8h »

Moi, sous la couette, cherchant par tous les moyens à rester poli : « Oui bien sûr, où avez-vous mal ? »

« Au cou, je n’en peux plus je craque et en plus je pars en vacances ce soir. »

Je vais vous dire, c’est ça précisément qui m’a mis la puce à l’oreille, le coup des vacances, de la culpabilité que je devrais ressentir (je vous rassure je tombe encore souvent dans le panneau), alors je tente ma chance :

« Bloqué du cou ? Dans ce cas-là, foncez à l’hôpital, demandez le docteur de ma part, faites vite une radio et venez vite me voir quand vous en aurez le résultat. »

Je n’oublierai jamais sa réaction :

« Non mais j’ai pas mal au point d’aller à l’hôpital hein, c’est juste que ça tire et j’ai peur de me bloquer pendant mes vacances. »

Visiblement, une raison largement valable pour appeler un praticien de santé non pas sur le numéro du cabinet mais sur son téléphone personnel (maudites cartes de visite) un samedi matin avant 7h. Je lui ai donné RDV à son retour de vacances en lui donnant plein de conseils pour se soulager lui-même, le nom de crèmes efficaces sur les douleurs musculaires, je savais qu’il reviendrait me voir, c’était un patient régulier.

Il n’est jamais revenu, et est parti consulter chez un ostéopathe, qui lui, semble être tombé dans le panneau. Tout ça pour dire que la verbalisation du patient ne suffit pas. Il faut être alerte, prêt à recomposer les petits fragments d’une fresque plus large qu’il nous donne, comprendre l’impact de ses maux dans sa vie quotidienne, sa profession, l’impact sur son moral, etc… C’est seulement à l’issue de la réunion de tout cela que l’on peut sincèrement prétendre à comprendre l’intensité vraie du mal ressenti par l’autre. Et je pense que cela vaut pour tous les maux, physiques ou moraux.

10/4/16 – Faut-il offrir une consultation ?

« Le médecin est au service de ses patients, et d’eux-seuls. Pas de lui, ni de sa famille. Diantre, il devrait même faire vœu de chasteté pour se consacrer pleinement aux malades. »

Coup de téléphone un peu surréaliste ce matin. De ceux qui pourraient me mettre en colère, si ma journée n’avait pas été si minutieusement préparée. Non pas parce que l’on est dimanche et qu’il est à peine 9h, je commence à prendre l’habitude. Mais plutôt par la teneur de la conversation. Une conversation que je n’ai pas pour la première fois, et qu’il me paraît nécessaire de vous relater. Si vous êtes vous-même praticien de santé, je suis prêt à parier qu’une pareille chose vous êtes déjà arrivée dans votre carrière, et si vous êtes simplement patient occasionnel de quelconque docteur, ces prochaines lignes pourraient vous intéresser.

Comme cela nous arrive à tous, je n’ai pas eu les résultats escomptés avec un patient. L’un de ceux que j’ai eu en consultation en début de semaine me rappelle, nommons-le Damien. Il est venu pour des maux de tête et des douleurs dans l’épaule gauche. Je décroche le téléphone : « Bon c’est Damien et ce que vous m’avez fait, ça ne m’a pas du tout soulagé ». Je plonge dans ma mémoire… Damien, Damien… punaise il est tôt… Ah oui ! Damien ! Cycliste invétéré, cinquantenaire usé par son travail, mais néanmoins très courtois au cabinet. J’essaie d’en savoir plus. « La douleur à l’épaule a disparu, je n’ai plus mal à la tête la nuit, mais par contre en journée c’est tout pareil ». Bon on avance, la séance lui a finalement été bénéfique. Il n’a plus mal ni la nuit, ni à l’épaule. Toujours se méfier des mécontents, qui parfois ne révèlent que de l’impatience, ce que je conçois tout à fait. Lorsque l’on va mal, on souhaite bien entendu retrouver son état normal au plus vite. Naturellement, je lui propose un suivi de consultation la semaine prochaine. Il accepte, ce à quoi il ajoute, dubitatif : « Mais par contre je ne vais pas repayer hein ? » Ah ça y est ! La colère point ! Je ne suis pas un homme d’argent, mais cette remarque me fatigue, et je tiens à vous expliquer pourquoi…

Tout d’abord, et avant de parler de gratuité, il y a bien sûr la façon dont le patient me demande un soin offert. Plutôt agressive, incisive, jouant sur la culpabilité du soignant de ne pas avoir fait son travail correctement (nous reviendrons là-dessus). Il n’est pas rare qu’un patient ait des attentes importantes vis-à-vis de son docteur, comme si celui-ci était un sauveur. Une amélioration n’est parfois pas suffisante pour le malade, lui qui attendait la guérison miracle. L’agressivité associée au choix de ses mots, « ça ne m’a pas du tout soulagé », n’a pas aidé à ce que je reçoive sainement son message. Ensuite le patient n’a pas exprimé de besoin de ne pas payer, mais a surjoué la surprise et l’indignation, pour conclure par un « si je repaye je ne reviens pas. » Je pense avoir tenté calmement de lui expliquer mon point de vue, mais je doute qu’il ait été compris. Il ne reviendra donc pas…

Tout d’abord, aucun docteur au Monde ne devrait être contraint au résultat. L’obligation est de moyens. Nous avons l’obligation de tout mettre en œuvre pour que le patient guérisse au plus vite. Mais nous ne sommes pas entièrement responsables des résultats ; nous ne sommes pas Dieu. Il nous est alors demandé de bien écouter nos patients, de leur réserver suffisamment de temps pour les prendre en charge convenablement, et d’appliquer nos thérapies ou techniques adaptées à leurs besoins, et leurs contraintes éventuelles. Quand un individu nous paye, ce n’est pas pour obtenir un résultat, mais pour exiger de nous que nous fassions tout ce qui est de notre possible pour l’accompagner vers la guérison. Finalement vous réservez du temps à un ostéopathe. Il est bien entendu normal de payer une consultation de suivi, quand même bien la douleur n’aurait pas évolué, tout comme on paye son suivi chirurgical après une intervention. Ou les séances de kinésithérapie qui s’ensuivent. Cela semble couler de source, alors qu’est-ce qui cloche ?

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Ce qui cloche est finalement assez simple. Le médecin est vu, par lui-même et parfois par ses patients, comme un Chevalier Blanc. Une personne d’honneur pour qui seule la dévotion au patient a de la valeur, et qui n’a que faire de basses préoccupations financières. Le médecin est au service de ses patients, et d’eux-seuls. Pas de lui, ni de sa famille. Diantre, il devrait même faire vœu de chasteté pour se consacrer pleinement aux malades. Pardon, je caricature un peu. Mais pas tant que cela quand on y pense. Figurez-vous qu’il nous arrive assez souvent, à nous les praticiens de santé, de culpabiliser à l’idée de demander de l’argent à certains de nos patients que l’on sait ne pas vivre largement. Ou parfois même, alors que cela est nécessaire, de ne pas oser faire reprendre RDV, car vous comprenez, « l’ostéopathie ça coûte cher ». Réflexion fallacieuse qui va alors totalement à l’encontre du bien-être du malade, et de nos agendas. L’acte de payer ses soins est symbolique : le patient se prend en charge, prend sa maladie avec sérieux et la démarche de consulter devient salvatrice. Alors, faut-il offrir une consultation à un patient ?

La question à se poser est plutôt la suivante : quelle est notre motivation à offrir tel ou tel soin ? Le patient est dans le besoin financièrement ? Il existe plein d’alternatives à trouver. Travaillant désormais en pleine campagne, certains me payent gracieusement en fruits et légumes de leur potager. Je trouve l’échange parfaitement équitable. D’autres que moi acceptent des consultations à « tarif réduit », solution intéressante mais qui pose la question du commerce du soin. Intéressant à développer un jour.

Le patient vous met une pression de résultat sur les épaules, comme ce fut le cas ce matin ? Céder serait la pire des idées. J’ai l’intime conviction que Damien ne consultera plus jamais chez moi, mais quelque part je préfère cela plutôt que rentrer dans un rapport de domination avec lui, dont je sortirais perdant. Ce que nous faisons, quelle que soit notre profession, a de la valeur, et nous méritons bien entendu d’être rémunérés pour le temps que nous consacrons à quelqu’un. Il en va de même pour un enseignant, un boulanger, un garagiste, etc…

Le patient est dans l’obligation de venir consulter de façon chronique ? Il y a bien entendu un compromis financier à trouver. Les souffrants de maladies inflammatoires systémiques (entendez qui touchent presque toutes les parties du corps) trouvent énormément de réconfort au creux de nos mains, et nous avons tout intérêt à les recevoir aussi souvent que possible. La question de la gratuité de certaines séances peut se poser.

En résumé, bien entendu, il existe un nombre important de raisons, justifiant d’offrir une ou plusieurs consultations à certains. Mais la contrainte du résultat ne doit pas en faire partie. Pensez-y, si nous n’étions payés qu’au résultat, une immense partie de ce qui fait l’humanité de notre profession disparaîtrait. Les patients souffrent bien plus que des symptômes qu’ils nous décrivent, nous devons oublier la douleur pour les voir sous un spectre global. Et refuser d’être des esclaves de la subjectivité d’un résultat positif. Patient content ne signifie pas patient guéri ; l’inverse est parfaitement vrai également.

Ce matin, j’ai donc tenté d’expliquer à Damien, non seulement que mes soins avaient de la valeur et qu’ils méritaient d’être rémunérés, qu’il est tout à fait normal de revoir une seconde fois son ostéopathe, mais surtout, que son état commençait à s’améliorer et qu’il ne fallait pas qu’il s’inquiète. Je pense malheureusement qu’aucun de ces trois messages n’est passé. Certains semblent consommateurs. Si une douleur persiste, il faut consommer un autre médicament ou une autre séance chez son praticien. Je ne suis même pas certain que le revoir aurait été indispensable à sa guérison. La douleur commence déjà à disparaître, à le laisser tranquille la nuit. J’ai confiance, son corps trouve les solutions, dans 3 jours, il ne devrait plus avoir mal. Qu’il ne revienne plus au cabinet, c’est une perte mais finalement je m’en moque un peu. Qu’en revanche il ait raccroché en doutant du fait qu’il soit actuellement sur la bonne voie de la guérison, ça, ça m’ennuie profondément. Parce que si la tête n’est pas convaincue, le corps n’a aucune chance de suivre. Et Damien re-consultera chez un confrère.

Cette amère sensation d’avoir échoué quelque part dans sa pédagogie, mais sans en comprendre la raison…

9/4/16 – De l’importance du langage populaire

« La dépression a une connotation tellement négative dans la tête de certains, qu’ils peuvent se révéler incapables d’oser même penser au mot. »

En passant en revue la quantité impressionnante d’expressions dans le langage populaire utilisant le mot « dos », je me suis aperçu avec étonnement que la majorité d’entre elles avait une connotation négative. Parmi la liste interminable, en voici quelques-unes que j’ai sélectionnées : agir dans le dos, avoir bon dos, se retrouver dos-à-dos, courber le dos, se mettre à dos, tourner le dos, donner froid dans le dos, en avoir plein le dos, casser du sucre sur le dos, etc… Cela me questionne bien sûr. Le langage populaire est pour bon nombre d’entre nous source de sagesses, et il n’est pas rare de rencontrer des individus pouvant en abuser. Alors, le langage populaire a-t-il vraiment une influence sur nos maux et notre façon de les concevoir ? Eléments de réponse…

Tout d’abord, il est intéressant de constater que certains patients associent immédiatement leurs maux à des mots bien précis. Il n’est pas rare d’entendre au cabinet qu’une personne « en a plein le dos », a « du poids sur les épaules », se sent « sur les genoux », etc… A ma surprise il existe assez souvent une corrélation curieuse entre les mots utilisés et la zone douloureuse chez eux. Certains d’ailleurs me répondent avec sérieux, « quand on en a plein le dos, c’est bien normal d’avoir mal au dos. » Ah oui ? Je n’avais jamais poussé la réflexion jusqu’à considérer cela normal.

Sauf qu’en y réfléchissant, on s’aperçoit qu’un grand nombre de maximes populaires rentrent dans nos têtes dès l’enfance. Qui ne connaît pas l’adage « en avril, ne te découvre pas d’un fil » ? Ou encore « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » ? Ces phrases, toutes possèdent un sens qu’il semble être communément admis. En effet on sait tous que le mois d’avril est un mois bâtard, ou encore que l’entraînement est indispensable à la maîtrise de sa pratique, quelle qu’elle soit. A force de rabâcher encore et encore ces petites phrases au quotidien, et d’y associer des parties de son corps, on peut se dire qu’on finit naturellement par associer le corps à l’émotion.

Certaines théories concernant cette hypothèse ont été poussées jusqu’à la rédaction d’ouvrages entiers, allant même, comme les alchimistes le faisaient avec la langue des oiseaux, jusqu’à décomposer phonétiquement les mots pour en trouver des sens cachés. Ainsi le mot genou est l’équivalent phonétique de « je-nous », soit l’individu au sein d’un groupe (de sa famille ?) ; le mot « maladie » est riche de sens puisqu’on peut l’entendre comme le « mal a dit » ; le pluriel d’un mal est d’ailleurs « des maux », ou « des mots », comme le titre du blog l’utilise volontairement à double sens. Le « poignet » est de ce fait un « poids nié », la psychologie freudienne s’en donnerait à cœur joie. Croyez-moi sur parole, la liste est incroyablement longue, le but n’étant pas de tout lister ce soir. Je vous proposerai quelques liens en fin d’article si vous souhaitez aller un peu plus loin, sachez que je n’adhère pas à cette façon de considérer le vocabulaire, même si j’y vois bien souvent de troublantes coïncidences.

Pour revenir à notre sujet, je suis absolument certain qu’il existe un lien entre corps et émotion. Je le vis quotidiennement au cabinet. Mais je pense que leur lecture est bien souvent inversée. En effet, j’entends parfois « cette personne en a plein le dos, elle finira par avoir un lumbago ». Il me semble que le raccourci est trop rapide, et qu’affirmer « cette personne s’est fait un lumbago récemment, et sa maladie coïncide avec une période de fatigue où il semble en avoir plein le dos, prenons sa douleur plus globalement et ne la résumons pas qu’à son corps » a plus de sens. On n’affirme ainsi pas que toute personne fatiguée finisse par se bloquer le dos, on lui laisse donc le bénéfice de son unicité.

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Quand les vertèbres semblent nous parler…

En revanche lorsqu’un patient choisit délibérément d’utiliser le langage populaire pour métaphoriser son mal être, autant être pleinement à son écoute et choisir une approche holistique, dépassant la simple technique manuelle. Allons au bout de notre raisonnement et proposons une prise en charge complémentaire par un professionnel des maux de l’âme, psychiatre, psychologue ou autre psychothérapeute en qui nous avons pleinement confiance. Pour les autres, est-il nécessaire d’aller chercher dans leur vie, par l’intermédiaire de ces maximes, des dérangements plus psychologiques ? La question se discute.

J’ai mon avis tranché à ce sujet. Je reste intimement convaincu que le corps et l’esprit sont liés, qu’ils ne sont qu’un, et que l’on devrait l’appeler « entité corps-esprit ». Celui qui souffre physiquement souffre également moralement. Un lumbago justement, la fameuse maladie de l’Homme fatigué, qui porte trop de charges sur lui, non seulement fait souffrir celui qui le subit, mais l’empêche également de faire ses activités sportives, artistiques, professionnelles, personnelles. C’est un handicap colossal, provisoire et réversible certes, mais personne ne dit qu’un handicap doit être définitif. Et la solution au lumbago n’est pas miraculeuse. En plus de docteurs et de thérapeutes manuels, il faut préconiser le repos. Et le repos c’est exactement ce qui manque à ceux qui se sentent surchargés dans la vie. La coïncidence est belle, et c’est bien faire d’une pierre deux coups que de soulager la douleur physique et morale ; ajouter à son soin du repos, pour soigner l’âme, lui permettrait de retrouver ses couleurs.

En avril, ne te découvre pas d’un fil. D’où vient cette maxime ? D’où est-elle née ? D’observation bien entendu. C’est un fait, en France, au mois d’avril, c’est grand Soleil le lundi et pluie le mardi. Aide-toi, le Ciel t’aidera ? Fruit de l’observation d’optimistes qui finissent par réussir dans tout ce qu’ils entreprennent. Le chant du cygne ? Une observation zoologique des derniers instants chantants de l’animal. Pas la peine d’énumérer plus, je pense que vous suivez mon raisonnement. On n’aurait pas affirmé que l’on « met quelque chose sur le dos de quelqu’un » sans raison. « Être dos-à-dos » ? Même remarque. En plus d’être particulièrement imagées, ces expressions ont un effet dans notre subconscient. Le dos est un organe qui a bon dos. C’est lui qui prend systématiquement. Pas étonnant que l’on en parle comme étant le mal du siècle.

Il y a fort à parier que l’influence sur la perception de son corps soit énorme. De la même façon que l’on associe, rien qu’en fermant les yeux, et sans ne rien voir, la couleur verte à l’herbe, ou la forme ronde à la lune, entendre depuis l’enfance que le dos est connecté à toutes les peines morales du Monde finit par placer cet organe au centre de notre attention. Ainsi, j’aime à me dire, lorsqu’un patient ne se plaint pas verbalement de ses omoplates mais préfère me raconter qu’il a énormément de « poids sur le dos », qu’il ne vient pas tant consulter pour ses douleurs que pour son mal-être. Ça ne changera finalement rien à ma façon de le manipuler. Mes mains palperont de la même manière, ma routine de techniques n’en sera pas changée, mais mon écoute, fortement active, sera orientée naturellement vers les troubles moraux de mon patient. Avec une attention toute particulière. Car il n’y a rien de plus important qu’avoir compris pleinement son patient. Complexe, plein de non-dits, d’interdits et de honte, il nous laisse souvent des indices par-ci par-là pas toujours entendus, pas toujours compris, mais qui peuvent se révéler très sensés.

Comprendre d’un patient qui se dit fatigué qu’il est dépressif, ce n’est pas simple. On se dit que s’il était vraiment dépressif il pourrait tout simplement nous le dire. Non. La dépression a une connotation tellement négative dans la tête de certains, qu’ils peuvent se révéler incapables d’oser même penser au mot. A la place, ils utiliseront habilement des maximes imagées qui sonneront pour nous comme des indices parfois complexes, mais qui parfois coulent de source. Je ne pourrai jamais croire d’un malade qui se dit « dos au mur » dans sa vie, qu’il n’a pas besoin de m’en parler plus que cela.

Il paraît qu’un Homme averti en vaut deux…

Quelques idées d’ouvrages pour aller plus loin :

https://books.google.fr/books?isbn=2294020472
https://books.google.fr/books?isbn=2804158934
https://books.google.fr/books?isbn=2294015754