03/10/16 – Ces jours difficiles pour tous

« On n’avance nulle part lorsque l’on est blessé, ou alors dans une mauvaise direction. »

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Je retrouvais ce soir l’une de mes trois classes de 3ème année avec impatience et plaisir. J’avais beaucoup apprécié les rencontrer et être en leur contact trois semaines auparavant. Notre programme du jour est, en plus de cela, particulièrement léger, une révision des deux premiers techniques sur les côtes apprises depuis le début de l’année. J’adore ça, on va pouvoir parler de clinique, de leur métier, je vais pouvoir continuer à éduquer leur main, leur esprit critique, et continuer à les voir progresser.

La première partie du cours se passe bien, un mélange de théorie et de pratique qui n’a pas l’air d’en ennuyer trop. Mais lors de la deuxième heure, deux événements finissent par me marquer. Deux jeunes filles, pendant les révisions de leurs techniques, se mettent à pleurer, pour des raisons différentes, à 20 minutes d’intervalle. Avec la crise violente de la semaine dernière, je commence à me poser des questions.

Mettons de côté le fait que les côtes soient des os reliés à des émotions particulièrement fortes : la peur, l’amour, le rapport à soi et à l’autre. Les pleurs de ce soir sont des larmes de fatigue. Déjà. Alors que les cours ont repris il y a moins d’un mois. Certains d’entre eux semblent en effet épuisés, et cette situation n’est pas normale. Sans doute que pour faire des grandes études, il faut de l’argent, et que lorsque la cellule familiale ne peut pas tout assumer seule, les vacances sont avant tout consacrées à remplir le porte feuille pour pouvoir subvenir à ses besoins essentiels.

Qu’est-ce qui est arrivé à notre société ? Qu’est-ce qui a fini par se passer pour que l’on considère normal l’anomalie du burn-out et de la dépression. Comment en est-on arrivés à décourager et à vider de leurs forces vitales des jeunes adultes qui devraient encore baigner dans une forme d’innocence ? J’ai bien des réponses à ces questions, mais je ne veux pas trop lorgner du côté de la sociologie sur ce blog. De toute façon, ceux qui me connaissent savent quel est le fond de ma pensée. Ce qui m’intéresse plus, c’est ce que l’on peut faire pour remédier à cela.

L’enseignement doit absolument redevenir un jeu, et venir à ses cours doit être un plaisir. Plaisir d’apprendre, pour soi, sans jamais se sentir en compétition avec qui que ce soit. Plaisir de se sentir progresser en tant qu’ostéopathe, mais aussi humainement. Alors je leur donne à travailler des exercices élémentaires de palpation, leur rappelle que quand ils se manipulent entre eux ils se soignent déjà, qu’ils sont déjà bons dans ce qu’ils font, et qu’ils sont importants pour nous les enseignants. Mais surtout, importants pour moi.

Je ne veux pas d’une année difficile pour eux, je veux les voir s’accomplir et trouver les clés de la réussite, concernant leur vive professionnelle mais aussi personnelle. Je leur rappellerai autant que possible qu’il n’y a rien d’important dans les études. La seule chose qui compte vraiment, c’est que le printemps fleurisse dans nos cœurs. Car on n’avance nulle part lorsque l’on est blessé, ou alors dans une mauvaise direction.

C’est un lien particulier qui nous lie, où je serai toujours distant, mais si proche d’une certaine manière. Leur faire voir leurs enseignants comme des accompagnateurs bienveillants plus que comme des possesseurs de savoir me paraît essentiel. Car ma réussite, ce sera la leur. Il n’en sera jamais autrement. Ce soir, C. et C., je suis heureux que vous ayez eu le courage de pleurer, et le courage de m’avouer combien c’est difficile. C’est difficile pour moi aussi, pour nous tous, et nos sourires ne déguisent rien. Mais ensemble, nous irons loin, bien plus loin que vous ne l’imaginez. Personne n’est jamais seul.

Auteur : Stéphane Vandaine

Entre deux consultations, après une longue journée à donner cours, ou entre deux séances de cinéma ou de théâtre, les quelques maux d'un ostéo, entre rires et émotions. Récit d'un quotidien d'une terrible banalité, recelant de la beauté de l'anonymat de mes patients et étudiants.

Une réflexion sur « 03/10/16 – Ces jours difficiles pour tous »

  1. Excellent article!
    Suis entièrement d’accord avec vous. C’est difficile pour nous tous…étudiants, profs, parents, travailleurs, indépendants, chefs d’entreprise…
    Courage à vous!
    Courage à vos étudiants!

    J'aime

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