03/11/16 – Nocebo, les mots qui fâchent

« De nombreuses études le prouvent, si vous ne croyez pas en votre thérapie, celle-ci sera nettement moins efficace, pour ne pas dire totalement inefficace. »

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En donnant cours à mes étudiants, je me suis aperçu de deux choses, qui feront l’objet de deux articles séparés. Ils ont tendance à dévaluer l’effet placebo et à ignorer au contraire totalement l’effet nocebo qu’ils peuvent éventuellement provoquer. J’aimerais partager avec vous ce début de réflexion qui devra être complété au fur et à mesure de vos remarques, que vous soyez patients ou praticiens de santé.

L’effet nocebo, finalement peu connu du grand public, est un phénomène qui pousse le patient à diminuer les effets de son soin. Ses causes sont multiples, la principale étant le fait qu’il ne croit pas en la thérapie qu’on lui propose. De nombreuses études le prouvent, si vous ne croyez pas en votre thérapie, celle-ci sera nettement moins efficace, pour ne pas dire totalement inefficace. En ostéopathie, cela pourrait se traduire par le type de soins que nous choisissons. Un patient ayant besoin à tout prix de se sentir craqué, ne réagira presque pas à une consultation utilisant presque exclusivement du crânien. C’est la raison pour laquelle j’incite toujours les futurs praticiens à se familiariser avec tout type de technique, structurelle ou fonctionnelle.

Mais cela se traduit également dans le choix des mots utilisés. Je vous recommande vivement le superbe article de Laurent Fabre que vous trouverez à cette adresse : https://gestiondeladouleurenthrapiemanuelle.wordpress.com/2016/10/09/premier-article-de-blog/

Il préconise avec sagesse de ne jamais utiliser de mots pouvant laisser suggérer au patients que ceux-ci ne seraient pas maîtres de leur corps. Il donne en exemple une liste de phrases à éviter comme « votre vertèbre est déplacée », « vous êtes totalement tendus », etc. Des phrases qui suggèrent deux choses, d’abord une forme de culpabilité (après tout on ne fait pas exprès de se sentir tendus ou angoissés) et ensuite l’idée que le corps peut n’en faire qu’à sa tête. C’est parfois vrai, mais quand on est convaincus d’être aux commandes de nos douleurs, on finit par les maîtriser facilement.

Le choix de nos mots est fondamental car ils résonnent dans la tête du malade, parfois jusqu’à son inconscient. Ainsi, en fin de consultation, il n’est pas rare que mes étudiants concluent leur consultation par la triptyque suivante « J’espère que ça ira mieux », « Si ça fait encore mal reprenez rendez-vous » ou encore « Je ne sais pas trop si ça ira mieux ». Il faut apprendre à mettre les patients dans une forme de réflexion positive, toujours optimiste, ne laissant pas de place au doute. Car si même le professionnel de santé ne paraît pas convaincu par sa thérapie, comment voulez-vous que le patient le soit ? Il rentrera naturellement chez lui convaincu que quelque chose cloche encore, ou que son cas est trop compliqué pour aller mieux rapidement.

La phrase « Si vous avez encore mal reprenez rendez-vous » est selon moi aussi négative et perverse. Elle sous-entend que le patient pourrait ne pas aller mieux. La formulation à adopter dans ces cas devrait plutôt ressembler à « Maintenant que nous avons travaillé sur la douleur en elle-même, j’aimerais vous revoir dans quelques jours pour refaire un point avec vous, et continuer à travailler sur la cause de son apparition. » Le malade comprend alors que la douleur devrait diminuer progressivement, et que l’ostéopathe est avant tout là pour lui permettre de redevenir maître de son corps.

Je comprends qu’être étudiant, c’est faire face à une multitude de remises en questions difficiles, et qu’il est presque impossible de se sentir alors en confiance (l’est-on jamais ?). Mais l’enseignement devrait passer par ce genre de cours et d’informations essentielles à une bonne prise en charge. Car étudiant ou praticien confirmé, le patient s’adresse à un professionnel de la santé, ignore souvent la différence d’expérience, et attend des résultats avant tout. Des résultats dont il est le premier responsable, ne l’oublions jamais.

Stéphane Vandendriessche – Ostéopathe D.O.

Auteur : Stéphane Vandaine

Entre deux consultations, après une longue journée à donner cours, ou entre deux séances de cinéma ou de théâtre, les quelques maux d'un ostéo, entre rires et émotions. Récit d'un quotidien d'une terrible banalité, recelant de la beauté de l'anonymat de mes patients et étudiants.

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