16/2/17 – S’oublier

« Se mettre au service des autres, c’est exactement ça. Accepter durant un temps donné de ne plus se donner de l’importance. »

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Traversant comme cela arrive à tant de personnes une période plus compliquée qu’à l’accoutumée, me lever le matin pour accomplir mes tâches professionnelles devient de plus en plus difficile. L’organisme répond mal, les douleurs quotidiennes paraissent des montagnes et les événements extérieurs délicats prennent des tournures bien plus sombres qu’elles ne le devraient.

Ma réaction première à cet état d’usure passager est presque toujours la même : je travaille trop, je devrais prendre un peu de temps pour moi et souffler. Je parviens alors à me ménager quelques après midi et même week-ends entièrement libres de tout travail, pour constater que la situation ne fait que perdurer. La solitude a en elle même de bon notre capacité à nous recentrer sur nous même, à nous rappeler ce qui doit être important dans nos vies pour nous aider à laisser le superflu de côté. Mais c’est aussi le difficile moment où nous nous retrouvons face à nos démons intérieurs, plus forts que jamais.

Or depuis quelques mois, il m’apparaît une solution bien plus efficace que le repos seul. Bien entendu, les pauses sont fondamentales pour notre énergie vitale mais quelque chose me manque toujours durant mes moments d’inactivité. Ce quelques chose, je crois qu’il s’agit de mes patients. Il y a quelques semaines, lorsque je pensais ne pas pouvoir tomber plus bas moralement, je me suis surpris à assurer une journée complète de consultations sans la moindre difficulté. Je vais même plus loin en affirmant qu’avoir pris soin des autres m’a fait un bien fou. Pendant 14 heures, je n’étais plus le centre de mon propre univers. J’étais au service des malades venant chercher une solution à leurs doutes et troubles douloureux. En quatre mots : je me suis oublié.

Qu’on s’entende bien, à aucun moment je n’ai renié ne pas me sentir bien. Je n’ai pas non plus adopté de stratégie d’esquive visant à feindre une joie de vivre que je ne ressentais plus. Mais je dois constater avec honnêteté qu’aider l’autre à traverser ses difficultés m’a paradoxalement aidé à franchir les miennes. Il est de ces consultations routinières qui ne m’apportent pas grand chose si ce n’est la satisfaction du travail bien fait, et d’autres bien plus profondes et riches de sens au cours desquelles une forme d’empathie amplifiée se développe entre le malade et moi même. Des séances qui m’apaisent profondément, et e rassurent quant à tout ce que je peux ressentir de noir.

Se mettre au service des autres, c’est exactement ça. Accepter durant un temps donné de ne plus se donner de l’importance. Laisser l’autre guider nos pas, l’accompagner, et lui faire confiance pour qu’il ne cherche pas à nous entraîner avec lui dans les méandres de ses doutes. On en ressort vivifié et persuadé de ne pas s’être trompé de voie. Il en faut du courage pour soigner, mais qu’il en faut encore plus pour aller chercher de l’aide là où elle se trouve.

Stéphane Vandendriessche – Ostéopathe D.O.

Auteur : Stéphane Vandaine

Entre deux consultations, après une longue journée à donner cours, ou entre deux séances de cinéma ou de théâtre, les quelques maux d'un ostéo, entre rires et émotions. Récit d'un quotidien d'une terrible banalité, recelant de la beauté de l'anonymat de mes patients et étudiants.

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