14/4/17 – Résultats et confiance

« Comment ne pas condamner fermement mon manque d’expérience et des erreurs si importantes ? J’en reviens encore et toujours au même point sur lequel j’insiste tant avec mes étudiants : le rapport de confiance établi entre mes patients et moi. »

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Il nous arrive d’être confrontés en cabinet à tout un tas d’échecs. Qu’il s’agisse de difficultés à communiquer, de mise en place d’une confiance qui paraît parfois impossible, ou en terme plus simplement de résultat. Cet après midi, je recevais justement Mr G, un soixantenaire drôle comme rarement, en lumbago depuis près d’un mois. Mr G n’est pas très assidu dans ses soins, il refuse d’aller voir le médecin, et s’en remet exclusivement à moi pour guérir de son mal de dos qui l’empêche d’agir selon son bon-vouloir. Avec lui, je suis en échec de résultats de façon évidente.

C’était aujourd’hui la quatrième fois en l’espace d’un mois que je le voyais. Sachez-le, c’est juste exceptionnel de ma part. Je vois rarement mes patients plus de deux fois par an, et s’ils insistent au téléphone, je leur explique que l’ostéopathie répétée et à des intervalles rapprochés n’a juste aucune utilité, voire est contre-productive. Preuve en effet, si j’ai bien avancé sur sa douleur, mon patient est toujours incapable de se redresser. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir pris la peine de lui expliquer : il souffre actuellement d’une hernie discale et a besoin d’une prise en charge pluri-disciplinaire impliquant au minimum un médecin, un kinésithérapeute, voire un rhumatologue.

Pour la quatrième fois aujourd’hui, je le vois donc revenir au cabinet plein d’espoir en mes mains. Touchant bien entendu, mais déstabilisant. Je pense toutefois qu’à la fin de la consultation, il a bien compris l’importance de contacter son généraliste puisqu’il m’a assuré qu’il l’appellerait dès la fin de sa séance. Cette confiance importance portée en mes capacités a de quoi me rassurer, moi qui doute si souvent de ma capacité de soignant. Elle me rappelle surtout deux histoires que j’ai connues dans les touts débuts de ma carrière, que je m’apprête à vous narrer.

La première concerne un jeune champion dans sa discipline sportive venu me consulter juste après une chute. C’était il y a dix ans, j’étais encore étudiant, et clairement pas tout à fait au point sur la traumatologie. J’ai choisi de soigner son poignet douloureux quand une de mes techniques lui a soudainement déclenché une vive douleur. Je ne l’avais jamais vu grimacer de la sorte. Je demande une radio, fracture du lunatum, l’os central du poignet. Aucun doute, j’y suis pour quelques chose. L’autre histoire concerne l’une de mes toutes premières patientes venue me consulter dans mon cabinet actuel. Elle souffrait d’une malformation congénitale dont elle ignorait tout (moi de même), sur laquelle j’ai appliqué une manipulation qui lui a fait perdre une partie de l’usage de sa main. Cette patiente est pianiste…

Savez-vous quel est le point commun entre ces deux histoires qui m’ont empêché de dormir durant de longues nuits de sommeil ? Les patients, tous les deux victimes de ma maladresse, sont aujourd’hui parmi mes plus fidèles. Ils continuent à venir me voir une ou deux fois par an, et m’envoient leurs amis, leur famille, et même leurs enfants. Comment une telle chose est-elle possible ? Comment ne pas condamner fermement mon manque d’expérience et des erreurs si importantes ? J’en reviens encore et toujours au même point sur lequel j’insiste tant avec mes étudiants : le rapport de confiance établi entre mes patients et moi.

Je n’y parviens bien entendu pas toujours, loin de là, mais je m’y atèle autant que possible. Chaque jour, je fais en sorte que mes patients se sentent uniques, écoutés et compris. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, pour le moment, cela leur fait oublier que je ne suis pas toujours efficace, pas toujours assez bon. Ca ne m’ôte bien entendu aucune culpabilité quand j’estime ne pas avoir donné le meilleur de moi-même, mais le laisser-aller total dont ils font preuve une fois dans mes mains me rassure entièrement sur le choix de ma vocation.

J’ai tendance à faire le même parallèle avec les personnes de mon entourage. Soyez bienveillants envers les personnes que vous aimez, elles vous pardonneront beaucoup. Donnez, car il faut donner de soi pour aimer, à ceux qui ne vous veulent que du bien. Nos maladresses seront toujours rattrapées par nos intentions, et je remercie mes patients d’accepter leur praticien tel qu’il est : un être humain plein de défauts mais qui ne cesse d’exiger le meilleur de lui. Conclusion formulée à la troisième personne, je crois qu’il est temps de m’arrêter là.

Belle soirée.

Stéphane Vandendriessche – Ostéopathe D.O.

Auteur : Stéphane Vandaine

Entre deux consultations, après une longue journée à donner cours, ou entre deux séances de cinéma ou de théâtre, les quelques maux d'un ostéo, entre rires et émotions. Récit d'un quotidien d'une terrible banalité, recelant de la beauté de l'anonymat de mes patients et étudiants.

2 réflexions sur « 14/4/17 – Résultats et confiance »

  1. Bonjour,
    Votre billet me touche particulièrement. Etant jeune ostéopathe, la problématique de la confiance en mes capacités est récurrente, particulièrement en ce moment car je débute mon installation.
    Je veux vraiment vous remercier, en particulier pour cet article, mais aussi pour tous les autres. Je les trouve sincères et bien écris. Et j’y trouve parfois des réponses, souvent matière à réflexion pour m’aider à avancer dans ma pratique de l’ostéopathie. C’est vraiment important quand parfois on se retrouve parfois un peu seule et dérouté dans son cabinet.
    Merci! 🙂
    Sonia.

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    1. Merci mille fois Sonia pour votre message. Je suis on ne peut plus heureux de savoir que certains articles peuvent rassurer des consoeurs et confrères dans le milieu médical. Vous traversez une passe que je connais par coeur, et qui, même si elle est moins importante qu’il y a quelques années, m’arrive de traverser de nouveau. Entourez vous et changez vous autant les idées que possible, notre vie personnelle reste fondamentale.
      Amicalement.
      Stéphane

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