17/9/16 – Les mois creux et leurs angoisses

« Un mois difficile peut tout à fait remettre en question une belle année, ou une belle période »

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Il m’est arrivé durant la période estivale ce qui touche une très large majorité des praticiens de santé, et des professions libérales et indépendantes en général : l’activité diminue fortement, les appels téléphoniques s’amenuisent, et le portefeuille semble se vider considérablement. Tout comme ma confiance. C’est drôle, nous savons qu’il existe quelques périodes dans l’année logiquement propices à une baisse d’activité, mais ces périodes s’accompagnent toujours de profondes angoisses et remises en question. J’ai enfin pris le temps de comprendre.

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La première raison est à mon sens égocentrique. Lorsque nous travaillons bien, que nos cabinets fleurissent, nous l’imputons généralement à notre sérieux, nos horaires un peu folles, au fait que nous nous plions aux exigences inappropriées de nos patients (nous reviendrons là-dessus dans le prochain article), et à notre bonne compétence. La réalité est quelque peu différente. Il est très intéressant de constater que nos anciens étudiants installés et qui commencent à bien travailler ont tous deux points communs : ils sont compétents, c’est une évidence, mais ils sont surtout empathiques et sympathiques. Deux qualités indispensables pour travailler dans le milieu paramédical. Certains patients loueront notre compétence à leurs proches, vantant nos résultats, mais si vous deviez conseiller un dentiste à un ami, il y a fort à parier pour que vous le décriviez avant tout comme une personne à l’écoute et qui ne vous a pas fait mal, plutôt que comme un praticien qui a une utilisation moderne et affinée de sa fraise. Il en va de même chez nous. Or, penser qu’il suffit d’être compétent pour avoir du travail est une illusion. C’est notre rapport à l’autre qui nous permet de nous développer, principalement. Pourtant, en période de vache maigre, nous remettons très souvent nos compétences techniques en question. Ai-je été assez performant ? Est-ce que je leur ai fait mal en les manipulant ? Etc… un raisonnement fallacieux mais qui nous hante si souvent au cours de l’année.

La seconde raison réside dans la culture de l’immédiat dans laquelle nous évoluons aujourd’hui. Demain devrait ressembler à aujourd’hui. Si je travaille peu aujourd’hui, il n’y a pas de raisons pour que je travaille mieux demain. Alors un mois difficile peut tout à fait remettre en question une belle année, ou une belle période. La vérité, c’est que je pense que nous ne contrôlons pas les flux de patients qui viennent à nous. De même que la dépression est un phénomène unanimement considéré comme social, et non personnel, l’époque détermine énormément de choses. Un exemple. Les trois semaines qui ont suivi les attentats du 13 novembre ont été épouvantables pour mon chiffre d’affaires. Des personnes sont mortes assassinées brutalement sur notre sol, les gens ne pensaient plus à leurs maux quotidiens. A l’inverse, une belle météo au mois de mai, couplée au plaisir de profiter des ponts, et c’est un afflux qui se dirige dans nos cabinets respectifs.

Ce que j’essaie de montrer, c’est que nos résultats en cabinet ne dépendant qu’assez peu de nous. Un praticien sensible et à l’écoute n’a pas à craindre ces périodes de sécheresse qui nous inquiètent toujours autant, et ne doit pas se sentir au centre de ces intempéries. Nous ne contrôlons que peu de choses chez l’autre, et le fait de se sentir prêt ou non à prendre en charge les douleurs qui nous suivent depuis longtemps et dont on finit par s’habituer au quotidien, a probablement une résonnance plus sociétale que personnelle.

Enfin, n’oubliez jamais que les variations de fréquentation de nos patientèles sont des phénomènes que nous connaissons tous en ostéopathie. A de très rares exceptions près. Qu’il m’arrive encore de douter de ma vocation, de perdre le sommeil quelques nuits de suite par peur de voir mon activité continuer à chuter, et qu’il m’arrive régulièrement de faire le décompte du nombre de mes consultations encore et encore, en les comparant avec mes chiffres des années précédentes, la mine basse. Puis sans crier gare, le téléphone sonne de nouveau. Allez, on repart pour un nouveau cycle.