20/9/16 – Henry

« Je crois bien que c’est la première fois que je n’écris pas un article pour vous, mais bien pour moi et moi seul. »

Publicités

Cela m’arrive rarement, mais ce soir j’ai décidé de garder le prénom du patient dont j’aimerais vous raconter l’histoire. Henry a 92 ans et est plutôt en forme pour son âge. Mis à part une surdité presque totale (appareillage en cours), il se déplace par lui-même, et reste autonome dans sa maison de repos : il se fait à manger, s’habille et se lave tout seul, bref, Henry est indépendant. Sa fille décide de me l’amener en consultation pour des douleurs aux deux genoux. En le déshabillant, vision d’horreur, froide et glaçante…

Henry est marié à la même femme depuis ses 16 ans. Il y a environ un an et demi, celle-ci devient terriblement violente à son égard. Henry, honteux, décide de cacher le comportement de sa femme à sa famille avec laquelle il rompt tout contact. Ce n’est qu’au bout d’un an qu’il finit par appeler sa fille, seul, dehors, sous la pluie, en larmes. Il lui explique enfin la situation.

Il s’avère que son épouse souffre de crises de démence qui provoque en elle un déferlement de violence contre son mari pourtant si âgé. Coupures profondes au couteau, coups de marteaux sur les genoux, blessures aux lames de rasoir, réveils nocturnes à la lampe torche pour l’empêcher de dormir, bain d’eau gelée, Henry n’est pas que maltraité, il est torturé. Depuis que sa fille s’en est aperçue, elle l’a placé à quelques mètres de chez elle dans un institut bienveillant, et a fait interner sa propre mère en institut psychiatrique.

Henry n’est pas serein, ni dans la salle d’attente, ni pendant son interrogatoire, ni même sur ma table de pratique. Ses mains tremblent en permanence. Je demande à sa fille s’il est atteint d’une quelconque maladie neurologique. Non, quand il repense à son traumatisme, son corps ne lui répond plus. Il a besoin d’être occupé, de marcher (son activité favorite, avec sa belle canne en chêne), sinon dès qu’il se met à cogiter, les tremblements le prennent. Je demande à sa fille si je dois le faire parler sur la table, sa réponse est catégorique, surtout pas.

Il est heureusement suivi en psychiatrie depuis, je ne sais donc pas quoi faire de plus. La séance complète à le regarder dans les yeux. Le voir contenir si souvent ses larmes. Henry ne méritait tellement pas ça… c’est un homme généreux qui a beaucoup sacrifié pour ses enfants, travaillait depuis sa retraite dans une association bénévole pour apprendre à lire aux adultes analphabètes, et rêvait depuis longtemps à ouvrir un refuge pour les chiens dont il ne pouvait pas se passer. Tout cela a disparu. Il ne reste de lui qu’un homme entièrement brisé, qui semble chercher de la tendresse dans mon regard.

J’essaie de parler avec lui, mais la communication est compliquée. Il ne comprend pas mes questions, répond toujours à côté, mais qu’importe. Il me parle. De sa petite fille médecin dont il est si fier. De l’infirmière qui l’aide à mettre ses bas de contention. Et c’est tout. Il me répète encore et toujours les mêmes phrases. Sa fille pleure beaucoup à mon bureau, le regarde rarement. La consultation est une épreuve pour moi. Je ne dois pas craquer, rester fort. Il a besoin de moi, pas l’inverse.

J’ai la vie devant moi pour apprendre à me protéger de ces émotions si sombres. A ne pas les partager avec le patient. Mais quand vous rencontrez une personne si belle, si digne et si touchante, comment voulez-vous faire autrement. Je crois bien que c’est la première fois que je n’écris pas un article pour vous, mais bien pour moi et moi seul.

Longue soirée…

17/9/16 – Les mois creux et leurs angoisses

« Un mois difficile peut tout à fait remettre en question une belle année, ou une belle période »

Il m’est arrivé durant la période estivale ce qui touche une très large majorité des praticiens de santé, et des professions libérales et indépendantes en général : l’activité diminue fortement, les appels téléphoniques s’amenuisent, et le portefeuille semble se vider considérablement. Tout comme ma confiance. C’est drôle, nous savons qu’il existe quelques périodes dans l’année logiquement propices à une baisse d’activité, mais ces périodes s’accompagnent toujours de profondes angoisses et remises en question. J’ai enfin pris le temps de comprendre.

56920861

La première raison est à mon sens égocentrique. Lorsque nous travaillons bien, que nos cabinets fleurissent, nous l’imputons généralement à notre sérieux, nos horaires un peu folles, au fait que nous nous plions aux exigences inappropriées de nos patients (nous reviendrons là-dessus dans le prochain article), et à notre bonne compétence. La réalité est quelque peu différente. Il est très intéressant de constater que nos anciens étudiants installés et qui commencent à bien travailler ont tous deux points communs : ils sont compétents, c’est une évidence, mais ils sont surtout empathiques et sympathiques. Deux qualités indispensables pour travailler dans le milieu paramédical. Certains patients loueront notre compétence à leurs proches, vantant nos résultats, mais si vous deviez conseiller un dentiste à un ami, il y a fort à parier pour que vous le décriviez avant tout comme une personne à l’écoute et qui ne vous a pas fait mal, plutôt que comme un praticien qui a une utilisation moderne et affinée de sa fraise. Il en va de même chez nous. Or, penser qu’il suffit d’être compétent pour avoir du travail est une illusion. C’est notre rapport à l’autre qui nous permet de nous développer, principalement. Pourtant, en période de vache maigre, nous remettons très souvent nos compétences techniques en question. Ai-je été assez performant ? Est-ce que je leur ai fait mal en les manipulant ? Etc… un raisonnement fallacieux mais qui nous hante si souvent au cours de l’année.

La seconde raison réside dans la culture de l’immédiat dans laquelle nous évoluons aujourd’hui. Demain devrait ressembler à aujourd’hui. Si je travaille peu aujourd’hui, il n’y a pas de raisons pour que je travaille mieux demain. Alors un mois difficile peut tout à fait remettre en question une belle année, ou une belle période. La vérité, c’est que je pense que nous ne contrôlons pas les flux de patients qui viennent à nous. De même que la dépression est un phénomène unanimement considéré comme social, et non personnel, l’époque détermine énormément de choses. Un exemple. Les trois semaines qui ont suivi les attentats du 13 novembre ont été épouvantables pour mon chiffre d’affaires. Des personnes sont mortes assassinées brutalement sur notre sol, les gens ne pensaient plus à leurs maux quotidiens. A l’inverse, une belle météo au mois de mai, couplée au plaisir de profiter des ponts, et c’est un afflux qui se dirige dans nos cabinets respectifs.

Ce que j’essaie de montrer, c’est que nos résultats en cabinet ne dépendant qu’assez peu de nous. Un praticien sensible et à l’écoute n’a pas à craindre ces périodes de sécheresse qui nous inquiètent toujours autant, et ne doit pas se sentir au centre de ces intempéries. Nous ne contrôlons que peu de choses chez l’autre, et le fait de se sentir prêt ou non à prendre en charge les douleurs qui nous suivent depuis longtemps et dont on finit par s’habituer au quotidien, a probablement une résonnance plus sociétale que personnelle.

Enfin, n’oubliez jamais que les variations de fréquentation de nos patientèles sont des phénomènes que nous connaissons tous en ostéopathie. A de très rares exceptions près. Qu’il m’arrive encore de douter de ma vocation, de perdre le sommeil quelques nuits de suite par peur de voir mon activité continuer à chuter, et qu’il m’arrive régulièrement de faire le décompte du nombre de mes consultations encore et encore, en les comparant avec mes chiffres des années précédentes, la mine basse. Puis sans crier gare, le téléphone sonne de nouveau. Allez, on repart pour un nouveau cycle.

01/06/16 – La folie ordinaire

« Je ne crois plus en moi, et pour la première fois de ma vie, je ne crois même plus en ma patiente. Cette comédie de l’exagération m’épuise »

Hier après-midi, je reçois une patiente mal en point moralement. Bientôt octogénaire, Danielle vit dans la souffrance infinie d’un deuil impossible pour elle à faire, celle de la mort de son compagnon 40 ans plus tôt, et père de ses trois enfants. Danielle est de ces patientes dévorantes. En énergie, en besoin d’attention, en soucis. Hypochondriaque et très sensible à la douleur, aucun jour ne passe sans qu’elle ne se sente oppressée, tendue, migraineuse. Recevoir ce genre de patients n’est pas rare, et plus que jamais, la prise en charge se doit d’être pluridisciplinaire. Mais dans un contexte de méfiance si importante à l’égard du corps médical (et paramédical), je me retrouve, une fois de plus, dans une forme d’impasse. Je vais tenter de m’expliquer en détail.

La première chose qui me frappe chez Danielle, c’est sa propension à l’angoisse. De façon irrépressible. Cette vieille dame vient me consulter pour une douleur abdominale qu’elle décrit comme insupportable. Aux urgences, tous les examens possibles ont été faits, de la prise de sang en passant par l’imagerie, jusqu’à l’exploration par coloscopie, rien n’a été laissé au hasard. Bilan : rien d’anormal dans les résultats de ses analyses. Sa réaction face à cette nouvelle est d’abord positive, « au moins je sais que je n’ai pas de cancer ni d’appendicite ». Elle seule en doutait. Puis, dès sa sortie de l’hôpital, l’angoisse monte irrémédiablement. « Si on ne trouve pas ce que j’ai au ventre, c’est sans doute parce que c’est grave ». De cette pensée négative et destructrice naissent une quantité astronomique de symptômes. Depuis, elle ne dort plus, pleure à longueur de journée, « ressent ses boyaux qui tentent de la manger », etc… Danielle devrait être vue rapidement par un psychiatre. Mais je ne verbalise pas encore cette pensée.

Avoir m’avoir demandé d’analyser une quarantaine de résultats d’imagerie passée entre 2006 et 2015 (je n’exagère pas le chiffre, 40 imageries en moins de 10 ans), elle me rétorque assez brutalement, « je sais bien que les médecins pensent que je suis folle ». Elle se trompe. Je ne peux pas croire qu’un soignant soit assez malveillant pour que ce type de pensées lui traverse l’esprit. En revanche nous nous disons probablement tous la même chose : Danielle est malade. Physiquement bien sûr, mais surtout psychologiquement. Le poids de l’éducation de ses enfants sans son mari a fait son œuvre : elle a passé les 20 dernières années de sa vie active à ne penser qu’aux autres. Depuis sa retraite, tout ressort, violemment. « Pourquoi pensez-vous qu’on vous croit folle Danielle ? » – « La dernière fois que l’infirmière est venue, elle m’a dit que c’était pas normal de dormir avec un polochon ». Comme vous, je n’ai pas tout de suite compris ce dont elle me parlait. J’aurais sans doute préféré ne pas comprendre…

« Qu’est-ce qu’il y a de mal à dormir avec un polochon, je ne comprends pas ? » Danielle me répond simplement (et je paraphrase, je ne me souviens pas de sa formulation exacte), qu’elle habille un polochon avec les pantalons et les chemises de son mari, pour avoir la sensation de ne pas dormir seule. Ce depuis la retraite. 20 ans. 20 années passées, chaque nuit, avec un morceau de tissu rembourré aux plumes d’oie, travesti en son défunt mari. « Danielle, il faut que vous alliez voir un psychologue ou un psychiatre rapidement, je peux soulager temporairement vos maux de ventre, mais sans un travail sur vous-même, les douleurs reviendront… » Danielle s’emporte et me répond de façon très agressive un ensemble de données dont je n’arrive pas à recoller précisément les morceaux. Ca tournait autour de l’incompétence des médecins, de notre incapacité à écouter, mais je retiens surtout cette maxime si souvent répétée : « je ne suis pas folle ». Ca me fait mal de vous dire ça, mais je crains que si.

Avant de consulter l’avis d’un confrère psychothérapeute, je suis allé lire les définitions exactes du mot « fou ». Je ne trouve rien de satisfaisant. J’ai « qui a un comportement extravagant », « qui est hors de son état habituel », « qui est contraire à la raison » ou encore, « qui a des troubles mentaux ». Aucune qui ne soit réellement objective. Si le fou n’est qu’un déviant de la norme, alors nous sommes tous des fous, vous, moi, nos parents et nos amis. Je n’ai rien retrouvé sur la notion de danger pour la santé. Car la folie, finalement, c’est de se causer tellement de torts et de souffrances qu’on finit par ne plus connaitre d’autres façons de faire. Et Danielle est dans cet état-là. En refusant de se faire prendre en charge comme elle le devrait, elle se met en danger permanent. Percluse et enfermée par ses douleurs, ses chagrins, cela fait bien longtemps qu’elle ne vit plus. Et ça me peine, bien entendu. Je veux qu’elle vive, c’est évident, mais qu’elle vive dans le confort. Et mes mains ne pourront pas l’aider plus que ça.

Après avoir voulu quitter la consultation, je la convaincs de s’installer sur la table. « Je vais tout faire pour vous soulager, faites-moi confiance ». Ce fut sans doute l’une des consultations les plus pénibles et les plus dures de ma jeune carrière. Les mains à peine posées sur son ventre, l’effleurant tout juste, dès que Danielle s’arrête de parler, son ventre se met à trembler fortement, et toute la ville pourrait l’entendre crier. « Vous avez mal Danielle ? Vous voulez que je retire mes mains ? » Les cris s’estompent immédiatement, et elle se remet à me parler nonchalamment de son quotidien, de tous ces gens qui la jugent, la détestent sans la connaître, etc… Quand elle finit une phrase, les contractions abdominales reprennent et les hurlements avec. Je fais tout pour la faire parler en continu, mais je ne crois même plus en ce que je fais.

Je ne crois plus en moi, et pour la première fois de ma vie, je ne crois même plus en ma patiente. Cette comédie de l’exagération m’épuise, et je commence, dans ma tête, à comprendre les médecins qui se la passent de main en main comme une patate chaude. Pour la première fois, je juge un patient. Cette pensée ne vous choque sans doute pas, tant le jugement fait partie de notre quotidien. Mais dans un cabinet médical, personne ne doit avoir à cacher sa nature. Vous devrez tous pouvoir, sans aucune crainte, verbaliser ce qui vous passe par la tête, nous parler de tout ce dont vous avez besoin, sans vous sentir jugée. Avec Danielle, j’ai échoué dans les grandes largeurs à ce travail. Je regarde l’horloge toutes les 30 secondes en souhaitant que la consultation se termine enfin. Je suis éprouvé par ses hurlements, ce ventre qui se contracte brutalement dès qu’elle ne prend plus la parole, de ces insultes à l’encontre de mes confrères. Je suis fatigué.

La fin de la séance se déroule sans surprise pour moi. Elle se rhabille en grimaçant, cela prend plusieurs minutes, me met en retard pour ma séance suivante (mais ça n’a pas grande importance finalement), et finit par me demander ce que j’ai fait avec elle. Je lui explique. Tout doit être clair pour elle. « Et pourquoi j’ai mal là ? Et pourquoi j’ai pas mal à droite ? Ca m’inquiète de ne pas avoir mal à droite. Et pourquoi les médicaments marchent pas ? » Les traitements ne marchent pas car elle ne les prolonge jamais plus d’une journée. « Si ça marche pas aujourd’hui, ça marchera pas demain », je me souviens de cette phrase. Quand elle réalise que je n’ai pas les réponses à toutes ces questions, Danielle se remet à pleurer. De vraies larmes de crocodile. Et je ne me sens pas plus touché. Cette sensation d’être passé complètement à côté de ma séance me hante un peu. L’échec total de l’empathie me trouble, je ne me connaissais pas comme ça. J’ai reçu ce matin 11 appels en absence de sa part (malheureusement je n’exagère pas le nombre) que je découvre à peine. Je la rappelle.

Elle me demande le numéro d’un psychiatre qui ne l’enfermera pas. J’en contacte un, lui raconte en détail ce que je viens de vous raconter (et des détails supplémentaires que j’omets volontairement d’écrire), il me rassure. Il semble comprendre parfaitement ce dont Danielle a besoin, et propose de la prendre en charge avec ma collaboration. Je suis ravi. Je rappelle ma patiente. « Danielle, j’ai une bonne nouvelle, j’ai trouvé un très bon psychiatre. Avez-vous de quoi noter le numéro de téléphone ? » – « Un psychiatre ? Jamais j’irai en voir, je suis pas folle. » Elle me raccroche au nez. Rarement je ne me serai senti autant à côté de mon sujet qu’avec elle.

9/9/16 – L’âme de Lucette

« Je devrais pas pleurer. Ce qui est grave, c’est pas de vivre… »


« Vous parlez à vos morts Stéphane ? Vous devriez. Vous savez, ils vous entendent. Tout le temps. Je sais pas si ça leur fait de la peine de nous voir souffrir, mais moi, ça me fait de la peine de plus pouvoir les entendre. Hier encore, je sais que ma Lucette, elle m’a vu pleurer. Je le sais parce que j’ai ressenti beaucoup de réconfort, tout d’un coup. »

« Pleurer fait beaucoup de bien. Vous pleurez souvent ? »

« Non. Et c’est pas pleurer qui m’a fait du bien, c’est Lucette. Vous pensez que je suis fou je suis sûr, mais je suis sûr que c’est elle. »

« Si vous me dites que c’est elle, je vous crois sur parole Gérald. »

« Je le sais que c’est elle. J’ai ressenti comme une chaleur, là (il me montre son ventre), et ma Lucette vous savez, elle avait le magnétisme des mains. Et elle posait tout le temps ses mains sur mon ventre, c’est ça qu’a soigné mon cancer. »

« De quoi est-elle morte, votre femme ? »

« Elle posait ses mains, juste là, et c’est ça qui m’a soigné et qui me faisait du bien. Mais l’énergie ça part vite. Alors j’ai plus de ma Lucette dans le ventre. C’est ça qui fait pleurer, quand on sent plus l’autre en soi. La solitude, c’est plus dur que tout. Vous avez beau avoir des copains qui passent et qui lisent avec vous, quand vous sentez plus du tout votre épouse, y’a plus rien sur cette Terre pour vous consoler. »

« Vos amis passent souvent vous voir ? »

« Non. J’ai jamais été foutu de la toucher moi. J’avais pas le magnétisme. Du coup elle arrive pas à partir vraiment d’ici. Alors j’suis allé voir le rebouteux de Luisant pour qu’il m’apprenne. Ma Lucette elle mérite mieux que me voir pleurer. Elle mérite de se reposer vraiment. Je sais qu’un jour j’arriverai à la faire partir. »

« Mais vous ne souhaitez pas qu’elle reste encore avec vous ? »

« Bah si mais moi je fais comment après. Parce que je vais pas vivre encore 10 ans, alors si je pars je veux la rejoindre. Et si elle est encore coincée à cause de moi, je la retrouverai jamais. Déjà qu’elle doit être fâchée… »

« Fâchée de quoi ? »

« Bah je la grondais souvent. Parce que ma Lucette c’était une emmerdeuse hein, faut pas croire ! Elle rouspétait contre le chien, les voisins, le facteur, et parfois le vent et la pluie. Alors bah moi j’en avais marre je l’écoutais plus et j’écoutais ma musique. Maintenant elle pense que je suis fâché et elle tourne autour de moi. Ca aussi parfois ça me fait pleurer.

« Gérald, vous êtes déjà allé parler de votre vision de sa mort à… »

(Il coupe)

« Un psy ? Pffff une fois mais c’est un tocard. Les gens quand y croient pas comme un médecin, bah y pense qu’on est fou. Mais moi je suis pas fou hein, j’adore les maths. Et c’est pas ma faute si je sens encore la présence de ma femme. J’aimerais juste plus pleurer. »

« Et vous pleurez souvent ? »

« Non. J’aimerais vraiment lui dire que je suis pas fâché. On est souvent colère contre les vivants, mais je vais vous dire, c’est du temps perdu. Les gens morts, ils sont morts pour de bon. Vous pouvez plus vous excuser après. Vous pouvez plus dire je t’aime, ça sert à rien. Alors les gens vous hantent, comme dans ce film, là. »

« Insidious ? »

« Nan celui avec Claire Bloom. Ils vous hantent et ils sont sûrs que vous les aimez plus. Alors ils errent comme ça, et ils peuvent pas vraiment mourir. Moi j’aimerais bien l’aider à mourir encore ma Lucette. Pour une fois que quand je dis que je veux tuer ma femme, je le pense hé hé… »

Il soupire et pleure un peu, allongé sur ma table. J’ai une main sur son épaule et j’attends sans rien dire. C’est une des rares fois où je ne trouve pas les mots.

HoldingHands2

« Je devrais pas pleurer. Ce qui est grave, c’est pas de vivre, c’est de mourir. Mais ça veut plus dire grand-chose. Moi y’a que quand je lis que je vais bien. Sinon je pense à elle et je regrette. J’arrive pas à me faire à l’idée qu’elle m’en veut. »

« Si vous pensez qu’elle est ici, je suis sûr qu’elle a compris depuis longtemps que vous l’aimiez. »

« Peut-être. Je veux la retrouver, mais j’ai pas encore lu tout ce que je voulais lire. Y’a La Marche de Radetszky que j’ai pas fini, vous connaissez ? »

« Non pas du tout, de quoi ça parle ? »

« C’est Lucette qui lisait ça mais à l’époque ça m’a pas intéressé. Vous savez Stéphane, quand on s’intéresse pas aux choses qui plaisent à notre femme, c’est comme lui dire qu’on s’intéresse pas à elle. Je suis sûr qu’elle pense que je m’intéressais pas à elle, bordel… »

Il pleure doucement de nouveau.

« Gérald, vous pleurez souvent ? »

« Non. Vous parlez à vos morts Stéphane ? Vous devriez. »

19/4/16 – De la peur de soigner

« Et ça, c’est précisément ce que l’on oublie d’enseigner. Que nous aussi, enseignants, nous avons eu peur, et avons peur encore aujourd’hui. »

Hier soir, comme cela arrive assez fréquemment, une de mes étudiantes a refusé de soigner un patient dans notre clinique, alors qu’elle était sur ses heures de travail. Elle a donc préféré passer une demi-journée enfermée dans sa salle de repos inconfortable, plutôt que saisir l’opportunité de prendre de l’expérience à nos côtés. C’est une situation je pense assez courante dans les écoles d’ostéopathie, et peut être médicales en général. Un peu agacé, je suis allé en demander la raison. Sans surprise, cette dernière n’a aucunement pris la responsabilité de ses actes et m’a déclaré : « C’est de votre faute à tous, vous êtes durs avec nous, et on vient parfois avec la boule au ventre. » Aaaahhhhhh le mot est dit. « Peur ». Il est des choses qui n’appartiennent pas au cursus d’ostéopathie mais qu’on devrait enseigner rapidement à nos élèves…

1429598606_fear-no-evil

Première chose, je suis forcé d’admettre pour lui répondre, qu’il existe des jours où certains membres de l’équipe, moi en tête, arrivent au travail d’humeur variable, et qu’il nous suffit de peu de la part d’un étudiant pour qu’il nous agace rapidement. C’est entièrement notre faute, nous devons tous travailler là-dessus afin que l’on soit vu comme des figures fraternelles, et non comme des parents autoritaires. Il arrive également que notre notation (nous évaluons la qualité des consultations de nos étudiants) paraisse basse ou injuste, ce qui n’encourage pas toujours à se dépasser. Je le conçois entièrement et je suis certain que nous aussi, finirons par nous améliorer avec le temps.

Cela étant dit, je vous le dis avec une intime conviction, la peur de soigner ne vient pas du corps enseignant. La pression ne vient pas de la note, de notre attitude, de nos remarques, de nos critiques, elle vient de l’étudiant, et de l’étudiant seul. Je vais vous prendre deux cas particuliers pour que vous compreniez bien mes propos.

Le premier cas est celui d’un étudiant peu studieux, adepte de l’effort minimal. Ses connaissances sont limitées. Celui-là est terrorisé par une consultation, et-ce pour une bonne raison, il sait inconsciemment qu’il n’est pas prêt. Qu’il ne pourra pas affronter le motif de consultation de son malade. Qu’il ne pourra pas répondre à nos questions. Alors celui-là s’enferme, évite de consulter par peur de découvrir lui-même qu’il n’est pas assez studieux, et par peur de devoir remettre une grande partie de sa vocation en question. Avec celui-là, je pense qu’il faut être assez ferme. Montrer les lacunes, ou mieux, lui faire réaliser et dire qu’il en a. Car l’ostéopathie ne souffre pas d’à peu près. Il faut être bon, minutieux, prudent, alerte, afin de maîtriser nos gestes, ainsi que les différents diagnostics pièges qui parfois affaiblissent sérieusement nos patients. Cela demande une quantité de travail colossale. L’étudiant qui refuse cette charge de travail, qui joue avec le système administratif en se contentant du minimum pour soigner, celui-là ne réalise pas qu’il n’est et sera jamais au niveau. Sa peur avant de consulter ? Que ses manques finissent par lui sauter au visage. Alors il esquive ses responsabilités. C’est pourtant en forgeant que l’on devient forgeron. Dans ces cas-là je ne leur laisse pas le choix de se désister, il faut aller travailler. On m’en veut, car « vous comprenez vous me faites travailler alors que je suis fatigué / malade / souffrant / un cheval » etc… oui je sais je suis un vrai salaud.

Le second cas est l’opposé total. Il s’agit de l’étudiant sérieux, parfois même très bon, qui refuse un jour un patient pour une raison difficile à cerner. Ce qui lui fait peur ? Il n’en sait trop rien. La partie qui suit est susceptible d’intéresser bon nombre d’étudiants, car je pense savoir précisément ce qui leur fait peur à eux. On arrive préparés comme il le faut à une consultation. Le patient se présente, la relation de confiance se met naturellement en place. La consultation semble bien se dérouler, et puis… et puis les résultats sont décevants. La mobilité ne revient pas, la douleur ne diminue pas. Cette situation est si courante. Ce que l’on vit comme un échec bien entendu, comme si nous étions magiciens. La peur de l’étudiant est alors toute autre : celle de ne pas être à la hauteur malgré les efforts. De ne pas comprendre son patient. Cette peur-là, nous devons à tout prix la raisonner aussi longtemps qu’il le faut avec l’étudiant. Car moi aussi, j’ai peur…

Eh oui, soigner un patient, c’est toujours expérimenter. Ses maux de tête ne seront jamais les mêmes maux de tête que ceux d’un autre. Un patient est un inconnu qu’on tente d’apprivoiser mais qui peut s’avérer sauvage. Accueillir un patient, c’est faire la rencontre d’un inconnu. Un moment où finalement tout peut arriver, et que l’on ne maîtrise absolument pas. Cela crée une situation de peur, c’est bien normal. Et il n’y a que par le travail que l’on finit par la maîtriser.

Certains sont parfois mécontents de leurs soins. Cela nous ennuie. Profondément. Intimement. Nous en sommes les plus malheureux et c’est nous qui dormons mal. Parfois, sans en comprendre la raison, il arrive que nous ne sentions pas un patient. Que celui-ci nous inquiète par l’exigence qu’il semble dégager, son autorité, etc… Nous finissons par nous mettre une pression du résultat difficile à gérer. Par nous contraindre à nous focaliser sur la douleur, quand ce qui l’a causée peut se retrouver à l’opposé du corps. Cela nous entraîne dans un cercle vicieux, jamais bénéfique au patient. Une grande source de peur supplémentaire.

Il faudra ajouter à cela, par la suite, la peur d’avoir manqué un diagnostic chez un patient, la peur de ne pas avoir assez de patients dans notre agenda, la peur d’en avoir trop et de ne plus pouvoir les gérer, la peur de nos cotisations sociales, la peur de ne plus pouvoir gérer notre vie personnelle, etc… Nous faisons un métier de soin, probablement le métier le plus incertain qui soit. Le moins sécurisant. Nous travaillons avec des vies humaines, des maladies, des douleurs, et nous devons les gérer avec assurance et maîtrise. Eh bien non, comme tout le monde nous avons nos peurs et nos démons, mais nous finissons par les apprivoiser et marcher avec eux main dans la main sur notre chemin. Et ça, c’est précisément ce que l’on oublie d’enseigner. Que nous aussi, enseignants, nous avons eu peur, et avons peur encore aujourd’hui.  Qu’il nous est arrivé à nous aussi d’en accuser aveuglement nos enseignants. D’avoir hésité à changer de voie. D’école. De ville. De vie. Qu’aujourd’hui encore c’est parfois dur, mais que la beauté d’une profession de santé suffit à elle seule à contrebalancer nos angoisses. A nous permettre de renouer un lien profond avec notre humanité, et de rentrer chaque soir convaincus d’être à notre bonne place. Et que ce sont nos peurs qui nous poussent à être toujours plus alertes, plus sécurisants, et plus efficaces. Qui a dit que la peur ne pouvait pas être un moteur. C’en est un, si puissant quand elle est maîtrisée.

Alors c’est bien entendu, nous ferons des efforts pour parler avec plus de pédagogie à nos étudiants. Nous tenterons de venir travailler en laissant nos soucis derrière nous et toujours de bonne humeur (oui car les profs sont des super héros c’est connu) et nous ferons des efforts sur la notation. A condition bien sûr que nos plus jeunes réalisent que nous ne sommes pas les bourreaux de leurs illusions, et les responsables de leur peur. Nous avons peur de soigner, car nous avons peur de ne pas soigner. Et il est de notre devoir de nous demander, à chaque instant de notre carrière, pourquoi nous ne sommes pas toujours à la hauteur. Et la réponse ne peut venir que l’intérieur.

 

2/4/16 Handicap social

« Cédric n’est pas né handicapé »

oh-ma-douleur (1)

Cédric est presque beau. Quand il me parle avec passion de cinéma et de bande dessinée, j’en oublierai presque qu’il n’est pas un patient comme les autres. Premier d’une série de 6 patients, il est celui qui me mettra en retard avec la totalité des suivants. Pourtant j’avais bien bloqué un créneau de 45 minutes, comme je le fais toujours. Mais pour Cédric, 1h30 n’aurait pas été de trop. Il était temps. Il était vraiment temps que je me mette à écrire, et à permettre d’exister durablement dans ma mémoire ces patients extraordinaires, dont l’unicité finit irrémédiablement par m’échapper. Car Cédric n’est pas comme les autres, si tant est que cela veuille encore dire quelque chose. Cédric est devenu handicapé ; il n’est pas né comme ça, la vie l’a transformé. Et ils vivront, lui et les autres, à travers ce blog. Cet article parle de notre séance.

La veille au soir – Je dîne avec Eva (la personne qui se rapproche le plus de ma meilleure amie) dans une de ces pépites du 13ème arrondissement de Paris. Eva est brillantissime, elle seule l’ignore. Elle a toujours su me comprendre, et m’aider à tirer le meilleur de moi-même. Comme toujours, j’évite les sujets sérieux : « Tu penses qu’ils prennent un accent si démesuré pour qu’on ne comprenne pas ce qu’ils mettent dans nos assiettes ? » – « Tu devrais écrire Stéphane. » Ecrire… mais je ne fais que ça, écrire. Des nouvelles au style catastrophique, des poèmes dont je suis rarement fier, des chroniques Web que je ne prends même plus la peine de tourner… Alors écrire, à quoi bon ? Je ne le ferai jamais lire… « Tu sais, le collègue de mon copain tient un blog où il parle de façon positive de son métier de prof. Tu pourrais t’en inspirer ».

On en parle, un peu, pendant le repas. C’est vrai que je rentre souvent touché (parfois plus que ça) de mes journées de consultations. C’est vrai que certains de mes patients m’émeuvent, que d’autres m’atteignent sincèrement. Certains me mettent en colère quand d’autres me font beaucoup rire. Mais c’est vrai que je les oublie. Tellement vite. C’est vrai que tout est dit sur ma profession, mais que l’important n’est jamais évoqué. Le patient. Cette personne inconnue qui vient me confier son corps. Je n’aurais jamais pu faire autre chose de ma vie, qu’un métier qui me tourne vers les autres. C’est ma vanité, ma recherche permanente de reconnaissance, qui m’y pousse. Mais une fois que l’on commence, il y a tellement plus que ça. Tellement plus important que moi. L’individu, dans toute sa splendeur, sa laideur, ses joies et ses doutes. Et moi, au milieu de ça, témoin mais jamais acteur, perdu dans la violence des flots de leurs émotions. J’écoute. Je raconte à mon tour. Puis j’oublie, tristement.

Ok. Je vais écrire. Et je ferai lire.

Je ne veux plus les oublier.

« Vous savez qui est la maquilleuse du remake du Loup Garou de Londres ? » Je ne suis même pas certain de ce dont il me parle. Le premier contact est assez dur, ses premiers mots témoignent d’un mal être profondément ancré : « J’ai été harcelé au collège, je suis devenu lent ». Lent ? Vraiment ? Cet homme d’un mètre 90, cultivé, qui débite autant d’informations sur les arts qui l’intéressent ? Lent pour qui ? Lent selon qui ? Lent pour quoi ? « J’ai été harcelé et depuis j’ai des médicaments. Regardez, je garde les boîtes parfois ». Il me montre en effet des boîtes vides assez usées. « Alors comme les gens pensent que je suis handicapé ils me parlent peu. Du coup je fais des dessins sur Facebook et je les offre à ceux qui les veulent. J’en ai déjà donné 8. Regardez ! Ça c’est moi ! Ça c’est le professeur Manhattan de Watchmen ! Regardez ! Il lui ressemble non ? ». Ils leur ressemblent tous je dois dire. Chacun des personnages ressemble à son original. Il lui faut du temps pour enfin me dire ce qui l’amène. Il a mal au cou. Classique. Et des maux de tête. C’est souvent lié. Sans lui demander il part s’allonger sur la table. Je ne suis toujours pas sûr de comprendre ce qui est passé par sa tête à ce moment-là…

« J’ai peur sur ces tables-là. C’est là-dessus qu’on a abusé de moi. »

« Je prends des médicaments parce que je ne l’ai accepté qu’il y a deux ans. »

« Regardez, ça c’est Wolverine. Celui de la BD hein, pas celui des films. »

« Cédric, vous en avez parlé à votre psychiatre, de cet abus ? »

« Oui. Regardez, lui c’est [nom japonais], un samouraï célèbre. »

« Vous en avez parlé à la police aussi ? »

« Oui. Et ça c’est le vaisseau d’Albator, je l’ai donné à un allemand sur Facebook. »

« Cédric, vous voulez m’en parler à moi ? »

« Non. J’ai le vertige sur ces tables. Vous lisez des BD ? »

Les 45 minutes sont passées si vite. J’ai sorti de ma boîte à outils à peu près tout l’arsenal utile sur les cervicalgies et les maux de tête. Difficile de dire si j’ai été efficace. Ni par ma pratique, ni dans mon écoute. La patiente suivante est arrivée, je l’entends s’installer. Je relève mon patient sur la table, main sur l’épaule comme à mon habitude. Puis le rituel de fin de séance se transforme en improvisation que je ne maîtrise plus.

« Je peux vous montrer d’autres photos ? Je collectionne des figurines. »

« Oui bien sûr. »

De figurines, je ne verrai rien. Simplement une suite de dessins que je ne reconnais pas toujours. Cédric connaît les dessinateurs, les acteurs qui ont incarné ces personnages, mais aussi leurs maquilleurs, leurs chorégraphes, leurs maîtres d’armes, etc… il sait absolument tout d’eux. Comme souvent, je me sens en colère. Je ne sais pas qui a transformé une personne si douce en quelqu’un de si vulnérable, mais je lui en veux. Je n’arrive pas à lui demander de partir. Il ne comprend pas mes sous-entendus :

« N’hésitez pas à m’appeler si besoin ! » – « Ca c’est Squall. »

« Si la douleur reprend vous pouvez repasser d’ici peu. » – « Celui-là je l’ai offert à mon frère, mais il ne veut plus me voir. »

« Faisons court, une patiente m’attend dans la salle d’attente. » – « Juste un dernier ! Juste un dernier ! »

Bien sûr, Cédric me touche, et fait ressortir en moi les mêmes questionnements qui me hantent depuis toujours. Quelle est ma place dans sa vie à cet instant ? Où doit s’arrêter mon empathie ? C’est une personne intelligente et suivie de près en psychiatrie et en rhumatologie. Il est entouré, et j’ai le nom de ses docteurs. Je me mettrai rapidement en contact avec eux. Il faut que j’apprenne à me protéger de moi-même ; je me connais, quand je suis en empathie avec quelqu’un, je vis pleinement ses heurts. Je ne devrais pas les partager, les patients ont besoin d’un roc, d’une personne solide à qui se raccrocher, pas d’une bouée qui dérive avec eux. Je cache mes émotions, mais probablement très mal. Comme avec d’autres patients, je rentre avec une partie de lui en tête. Cette fois-ci, je n’oublierai pas. Cette fois-ci j’écrirai, et j’écrirai sur chacun de ceux qui m’auront touché d’une façon ou d’une autre. Heureusement, la plupart me font rire. Pas cette fois. Et ce n’est pas la fin de notre séance qui me contredira :

Je me lève finalement au milieu d’une de ses phrases, et marche vers la porte du cabinet. Il comprend et se lève pour partir, prenant maladroitement ses affaires. Il me remercie. De nombreuses fois. Impossible de savoir si son cou va mieux. Je lui serre la main et le raccompagne dehors. Comme souvent, je reçois ce que j’appelle « l’information du pas de porte », essentielle, mais que les patients ne nous donnent parfois qu’au moment de quitter le cabinet :

« Vous savez, parfois, je ne comprends plus pourquoi je vis encore. »

« Cédric, vous voulez rentrer discuter quelques minutes de plus ? »

« Vous connaissez Le Goût du Chlore ? C’est génial vous devriez le lire. Au revoir. » – Il s’éloigne.